Au BPS22 de Charleroi, Panorama est une exposition collective comme on aimerait en voir plus souvent, là ou ailleurs: basée sur les propres collections de l'institution, elle ne constitue pas un simple accrochage d'oeuvres extraites de leurs réserves, mais porte un regard valorisant sur celles-ci. Ancrée dans un passé qui fait sens -elle a été constituée dès la fin du XIXe siècle-, la collection de la Province du Hainaut n'est en rien opportuniste et dégage des lignes de force, dont celles du paysage et de l'Histoire. Ce sont ces deux dernières qui sont exploitées ici.
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Au BPS22 de Charleroi, Panorama est une exposition collective comme on aimerait en voir plus souvent, là ou ailleurs: basée sur les propres collections de l'institution, elle ne constitue pas un simple accrochage d'oeuvres extraites de leurs réserves, mais porte un regard valorisant sur celles-ci. Ancrée dans un passé qui fait sens -elle a été constituée dès la fin du XIXe siècle-, la collection de la Province du Hainaut n'est en rien opportuniste et dégage des lignes de force, dont celles du paysage et de l'Histoire. Ce sont ces deux dernières qui sont exploitées ici. La notion de panorama fait référence à ces toiles circulaires relatant des faits historiques ou des paysages; elles sont traitées comme un véritable spectacle visuel statique, auquel la naissance du cinéma a donné le coup de grâce. Certains artistes contemporains ont revisité ce concept soit en revenant à des techniques anciennes telles le sténopé (Felten & Massinger) ou des plus contemporaines (les images à 360 degrés de Marin Kasimir), d'autres l'ont interprété différemment. Ainsi le collectif Ruptz et Marc Borgers avec leur techniquement étonnant Panorama d'Eggishorn, oeuvre exceptionnelle qui fait regretter l'arrêt précoce de leurs activités. Trônant à l'entrée de la grande halle, le Banc public circulaire de David Evrard apparaît comme une pièce de mobilier à la fois sculptural et architectural, offrant de par sa forme une vision panoramique sur l'exposition, mais plus particulièrement sur un long mur d'images rassemblant une bonne moitié de l'ensemble de celle-ci. Conçu lui-même comme un vaste panorama, ce mur fait référence à ces accrochages des siècles derniers, où la surface murale est totalement occupée par des oeuvres, soit l'inverse de ce qui se fait actuellement. Ce clin d'oeil au passé est ici des plus réussis, car il ne rassemble que des images contemporaines, certes hétérogènes, mais ô combien révélatrices du foisonnement de la création actuelle, tout comme de la richesse de cette collection qui n'a de provinciale que le nom. On y voit des peintures (Michel Frère, Sicilia), des posters (David Evrard), des collages (Thierry Tillier, André Stas), des photomontages (Jacques Charlier), des impressions numériques (Alain Cleempoel, Jean-Marie Mahieu), des dessins (Michael Dans), des gravures (Gabriel Belgeonne) et beaucoup de photographies, comme il se doit. On y fait des découvertes, comme les images énigmatiques de Louise Herlemont et de Sébastien Lacomblez ou des redécouvertes comme le subtil travail de Michel Couturier, tellement mal connu. Revisiter le panorama, réinventer le paysage, tels pourraient être les leitmotivs de cette exposition, synthétisée par Classement diagonal, oeuvre majeure de Bruno Goose conçue en partie pour la manifestation. Partant du champ de la Bataille de Waterloo (dont le panorama peint est toujours visible), il s'interroge sur notre rapport au réel et à l'image par-delà un paysage quasi mythique. A cet ensemble fait écho Metamorphic Earth, une vaste installation vidéo immersive et sonore du duo luxembourgeois Gast Bouchet et Nadine Hilbert. Leur travail, aussi spectaculaire que radical, est inspiré de nouvelles théories et études sur l'évolution de la planète et sa place dans le cosmos. A la mesure de celui-ci, leurs images se télescopent en un tourbillon qui déstabilise littéralement le visiteur. PANORAMA (COLLECTION DE LA PROVINCE DE HAINAUT), CHARLEROI, BPS22, BOULEVARD SOLVAY, DU 24 SEPTEMBRE 2016 AU 22 JANVIER 2017 (WWW.BPS22.BE). METAMORPHIC HEAD, DE GAST BOUCHET ET NADINE HILBERT (IDEM). TEXTE Bernard Marcelis