Une affaire de trois jours
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Une affaire de trois jours DE MICKAEL KARDOS, ÉDITIONS SÉRIE NOIRE GALLIMARD, TRADUIT DE L'AMÉRICAIN PAR SÉBASTIEN GUILLOT, 280 PAGES. 6 Ce devait être, comme chaque année depuis bientôt dix ans, un week-end de golf et de détente entre amis, loin des contingences du quotidien; trois amis de l'Université de Princeton, bientôt rejoints par un quatrième, unis par les souvenirs d'une vieille amitié: Will, narrateur, ingénieur du son et père dans quelques mois; Nolan, l'homme politique qui brigue désormais un poste de sénateur; Evan, l'avocat, et enfin Jeffrey, l'informaticien ayant apparemment fait fortune dans les start-ups. Quatre amis à qui semble-t-il l'avenir sourit. Sauf que Jeffrey, plutôt que de faire le plein à la première station-essence sur le chemin de leur insouciance, va... braquer la caisse et prendre une gamine en otage. "Démarre!", crie-t-il à Will, qui ne prend pas la seconde nécessaire pour réfléchir avant d'agir. Trop tard. Ce sera bien Une affaire de trois jours, comme le promet le titre de ce premier roman, mais loin, très loin, de la platitude des champs de golf. Les spirales infernales sont monnaie courante dans les thrillers, et en voici une qui ne déroge à aucune règle: placez des individus ordinaires dans des situations extraordinaires, et il en sortira toujours quelque chose de poisseux. Obligé de se terrer dans l'attente de la bonne idée pour se sortir de l'inextricable (selon la loi US, le simple fait d'avoir démarré la voiture les rend tous coupables de kidnapping, passibles de peine de mort), le quatuor va évidemment mettre à l'épreuve cette belle amitié, et faire tomber les masques jusqu'à l'ignoble, et jusqu'au twist final qui dépassera évidemment ce "simple" pétage de plomb en forme d'amorce et d'improbable enlèvement. Thriller classique donc, si le nouveau venu Michael Kardos ne tentait de transformer ce huis clos serré et appelé à mal se terminer (nous sommes dans la Série Noire) en véritable boîte de pétri. Ce professeur "d'écriture créative", auteur jusque-là de nouvelles non traduites, tente en effet de reproduire ici, à petite échelle, une pente savonneuse empruntée par l'ensemble des middle et upper class américains, symbolisés ici par notre poignée de trentenaires, plus tristes qu'ils n'en laissaient paraître: la mort des idéaux, le peu de valeur des relations humaines, le goût du fric, le cynisme pour seule excuse... Michael Kardos semble passer en revue bien des maux, qui ne se limitent pas aux murs d'un studio d'enregistrement insonorisé où un otage attend son sort. Lu sous cette loupe, ce premier thriller, sombre mais estival, s'avèrera plus riche qu'il n'en a l'air. OLIVIER VAN VAERENBERGH