Mai 68 vient de s'achever. À Rennes, Christian Prigent et Jean-Luc Steinmetz, désireux de poursuivre la lutte par les moyens du mot, décident de créer TXT, une revue littéraire qui donnerait sa place à la poésie la plus révolutionnaire -aux formes les plus nouvelles, les plus inouïes, de la langue en tra...

Mai 68 vient de s'achever. À Rennes, Christian Prigent et Jean-Luc Steinmetz, désireux de poursuivre la lutte par les moyens du mot, décident de créer TXT, une revue littéraire qui donnerait sa place à la poésie la plus révolutionnaire -aux formes les plus nouvelles, les plus inouïes, de la langue en train de se tramer. Dès le second numéro de ce qui deviendra le carrefour de toutes les explorations poétiques de la fin du XXe siècle, le philosophe belge Éric Clémens est présent. Il y a publié, au fil des années, des courtes méditations théoriques, des propositions de lecture consacrées au travail de Jean-Pierre Verheggen ou de Francis Ponge, des réflexions sur le défi que représentent les nouveaux médias pour la poésie, des fragments de prose éclatée où planent les mânes de Stéphane Mallarmé ou de Jacques Dupin. Aujourd'hui, Dominique Costermans et Christian Prigent lui-même ont pris l'initiative de réunir une sélection de ces textes, qui valent comme la ligne du temps d'un itinéraire situé au plus près des possibles de la langue -de ce que Clémens appelle " le fictif". Penser, en effet, ne se satisfait pas de l'alignement plus ou moins rigoureux de théorèmes: il y faut aussi une poétique -une manière de constituer un écart par rapport à une réalité qui ne ment jamais autant que lorsqu'elle prétend se satisfaire à elle-même. Tel est le rôle de la fiction, dans la pensée comme ailleurs.