Dans les années 80, Edward Yang était avec Hou Hsiao-hsien (né comme lui en 1947) à la pointe d'une nouvelle vague marquante de films taïwanais scrutant la société avec un regard critique d'une singulière acuité. Son formidable The Terrorizers, réalisé en 1986, bénéficie d'une édition "combo" (Blu-ray + DVD) en copie restaurée accompagnée de nombreux suppléments passionnants. Ce drame choral nous fait suivre plusieurs personnages vivant (plutôt mal) à Taipei, où leurs chemins vont se croiser au fil d'une intrigue ménageant un suspense prenant. Tout commence par un...

Dans les années 80, Edward Yang était avec Hou Hsiao-hsien (né comme lui en 1947) à la pointe d'une nouvelle vague marquante de films taïwanais scrutant la société avec un regard critique d'une singulière acuité. Son formidable The Terrorizers, réalisé en 1986, bénéficie d'une édition "combo" (Blu-ray + DVD) en copie restaurée accompagnée de nombreux suppléments passionnants. Ce drame choral nous fait suivre plusieurs personnages vivant (plutôt mal) à Taipei, où leurs chemins vont se croiser au fil d'une intrigue ménageant un suspense prenant. Tout commence par une fusillade et la prise d'assaut par la police d'un repaire de jeunes hors-la-loi. Une fille s'échappe. Un photographe du même âge a fixé des images de sa fuite, et va la suivre. Nous faisons aussi la connaissance d'un médecin hospitalier et de son épouse écrivaine en panne d'inspiration, de l'ex de cette dernière qui revient dans sa vie et d'un policier ami du mari, ainsi que de quelques autres citadins aux prises avec une réalité urbaine oppressante, et avec leurs propres démons. Yang sait mieux que quiconque raconter de manière extrêmement fluide des histoires composites, dans des films tout à la fois complexes et limpides. Sa manière de filmer la ville trahit son admiration pour Antonioni, et le jeune photographe fait naître des échos de Blow-Up. The Terrorizers affiche néanmoins une originalité certaine. Il peut se voir comme une radioscopie d'une société en pleine mutation, aux changements (économiques, politiques, sociaux) générant une multitude de pressions. Le très intéressant documentaire de Chinlin Hsieh Flowers of Taipei - Taiwan New Cinema ouvre le bal des bonus en resituant l'oeuvre d'Edward Yang dans le contexte excitant d'une génération de cinéastes totalement dépourvus de complexes et dotés d'un peu banal talent. L'État aura, via la CMPC (Central Motion Picture Corporation), favorisé l'émergence de voix nouvelles dans un paysage cinématographique local en crise de popularité -face à la double concurrence de la télévision et des films de Hong Kong- comme de créativité. Yang saura confirmer avec une série de films importants dont A Brighter Summer Day (1991) et le lumineux Yi Yi (2000) . Une interview avec Jean-Michel Frodon, auteur du livre Le Cinéma d'Edward Yang (1), éclaire plusieurs aspects, tant stylistique que thématique, de sa trajectoire trop tôt interrompue par la mort, à l'âge de 59 ans seulement. Le monteur et le co-scénariste de The Terrorizers sont également invités à partager leurs souvenirs dans un autre bonus d'une édition décidément réussie à tout point de vue. De quoi rappeler que Yang fut et reste un des réalisateurs asiatiques les plus importants de la modernité.