Si nous avions réfléchi telle la communauté scientifique qui considère l'abominable homme des neiges comme une créature légendaire vu l'absence de preuve matérielle incontestable de son existence, nous aurions longtemps pu douter de la vie d'un autre Yéti. Belge celui-là. Et musicien de son état. Lorsque L'Animal en moi a enfin vu la lumière du jour le 24 octobre dernier, ça faisait déjà 5 ou 6 ans qu'on attendait désespérément le premier album de la bête. " Quand on évoque le sujet, j'ai l'impression d'être victime d'une perte de mémoire semi-volontaire", sourit-elle dans sa barbe.
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Si nous avions réfléchi telle la communauté scientifique qui considère l'abominable homme des neiges comme une créature légendaire vu l'absence de preuve matérielle incontestable de son existence, nous aurions longtemps pu douter de la vie d'un autre Yéti. Belge celui-là. Et musicien de son état. Lorsque L'Animal en moi a enfin vu la lumière du jour le 24 octobre dernier, ça faisait déjà 5 ou 6 ans qu'on attendait désespérément le premier album de la bête. " Quand on évoque le sujet, j'ai l'impression d'être victime d'une perte de mémoire semi-volontaire", sourit-elle dans sa barbe. Ancien étudiant en philologie romane à l'ULB, Thierry De Brouwer a le sens de la formule. Il y a 10 ans, avec entre autres Samir Barris et Aurélie Muller (Soy Un Caballo), le Bruxellois se faisait déjà remarquer sous le nom de Melon Galia. Une aventure immortalisée à travers un album enregistré pour vraiment pas grand-chose dans une cave du Nebraska avec Mike Mogis et sur lequel on retrouve un invité de choix en la personne de Conor Oberst. Bright Eyes n'était encore qu'une promesse. " A l'époque, nous étions entourés, se souvient Thierry. Nous avions un vrai studio où enregistrer. Les disques se vendaient. J'ai quitté ce confort pour quelque chose dont j'ai dû tout apprendre. Je ne suis pas ingénieur du son. Le matériel est aujourd'hui beaucoup plus facile d'utilisation que dans le temps mais il nécessite une science de base avec laquelle j'ai dû me familiariser. J'ai donc enregistré dans plein d'endroits, là où on voulait bien de moi, avant de devenir maître de mon propre home studio." Il a aussi essayé de comprendre, de décrypter la dynamique de ces petits moments de magie qui nous font pleurer ou frissonner sur un disque. Son investissement dans d'autres projets comme Austin Lace et son exigence presque maladive ont aussi pas mal ralenti l'accouchement. " Lors de mon passage du PC au Mac, j'ai eu droit à un plantage de disque dur. J'ai perdu une bonne partie des arrangements. Et quand ça arrive, tu ne t'y remets pas tout de suite. Tu attends un peu... C'est plombant moralement. " Fils spirituel de Dominique A et Morricone, Le Yéti fait en quelque sorte de l'americana belge en français. " Ennio est une référence extraordinaire comme François de Roubaix ou Georges Delerue. Je reste fan d'un son des années 60 et 70, d'une manière de créer une musique qui accompagne avec beaucoup d'arrangements, d'orchestrations. Je trouverais décevant qu'on ne ressente pas le côté cinématographique de mon disque. " Et Thierry de s'enthousiasmer sur le clip de son single Je Maudis Ma Nuit réalisé par Félicie Haymoz. Une jeune Suissesse qui a travaillé sur le Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson ( lire son portrait dans le Focus du 11 novembre). " Le fait que l'album ait été mixé par Craig Schumacher (Calexico/Giant Sand) a donné de la personnalité au son. Les Américains n'ont pas leur pareil pour procurer cette notion d'espace tout en restant dans l'intime. On m'avait proposé plusieurs autres mixeurs. J'appréciais leur boulot mais je sentais toujours quelque chose de très chanson française. Cette priorité de la voix sur la musique. C'est peut-être une peur panique que mes morceaux tournent à la variété. " Le travail de Schumacher avec des artistes chantant en français comme Françoiz Breut et Jean-Louis Murat avaient de quoi le rassurer. " Murat et Craig sont d'ailleurs restés potes. Ils ont tous les 2 ce côté mec du terroir. " Pour bosser avec Schumacher, Thierry a passé 3 semaines en Arizona. Essentiellement à Tucson. Petit îlot progressiste dans un Etat conservateur... " On a été malgré tout confrontés à un méchant choc des cultures. Le jour où j'arrive, je flâne seul dans la rue et je croise une fille plutôt jolie. Mes yeux descendent sur ses hanches et je vois qu'elle porte un holster avec un gun. Le coin d'après, je tombe sur un bar avec une pancarte "Guns not allowed" . Même si tu ne vois pas de saloon, tu as une impression de Far West. Je ne me suis jamais senti en insécurité mais tu te dis que quand ça pète, tu as plutôt intérêt à ne pas traîner dans le coin." Pop, metal, hip hop, jazz... La musique américaine, et plus généralement anglo-saxonne, a eu davantage d'impact sur Le Yéti que tous les monstres de la chanson française. " Même si je les aime bien, ils n'ont jamais été ce qui me motivait fondamentalement à faire de la musique. A part Dominique A, Miossec, Mathieu Boogaerts, qui arrivaient avec quelque chose de différent. " Pour Thierry, le Yéti est une bestiole qui traîne dans la montagne, qui fuit la compagnie des hommes et ne fait pas peur. Une espèce de rustre au c£ur tendre. "L'Animal en moi , dit-il, c'est cette bête intérieure qui nous habite, qui est de l'ordre de l'instinctif et du primal et que le fard de la société nous impose de cacher. En même temps, je voyais un peu cet album comme une quête identitaire. " Le suivant apparemment, restons prudent, ne devrait pas trop se faire attendre. L'écolage est terminé. Une tonne de morceaux ont déjà été composés. En attendant, il y a les agendas à caler, les concerts à donner. " On a une formule acoustique qui peut se caser dans les appartements et on peut proposer un set plus rock. Avec les guitares électriques, la trompette. Ça oblige à être sur le qui-vive et apporte une certaine spontanéité." LE YÉTI, L'ANIMAL EN MOI, CHEZ HUMPTY DUMPTY. LE 25/01 AU BOTA, LE 18/02 AUX FRANCOSILLIES (SILLY). LIRE AUSSI PAGE 6 NOTRE ZOOM SUR LES ARTISTES BELGES À SUIVRE. TEXTE JULIEN BROQUET