"The Blue Hour"

Dans Coal Black Mornings, son livre de mémoires paru début 2018, Brett Anderson raconte combien, enfant, il a été fasciné par le caractère épique des musiques de Wagner, Berlioz et Elgar. Si la folie des grandeurs semble inséparable de l'ADN Suede depuis ses débuts, il atteint un climax sur ce huitièm...

Dans Coal Black Mornings, son livre de mémoires paru début 2018, Brett Anderson raconte combien, enfant, il a été fasciné par le caractère épique des musiques de Wagner, Berlioz et Elgar. Si la folie des grandeurs semble inséparable de l'ADN Suede depuis ses débuts, il atteint un climax sur ce huitième album avec l'intervention du City of Prague Philharmonic Orchestra. Grand ensemble classique qui, à raison de 250 sessions à l'année, distille son armada orchestrale de Bonnie Tyler au Seigneur des Anneaux. Mais ses interventions sur la plupart des quatorze titres de The Blue Hour n'ont rien d'une simple expansion de la théâtralité naturelle du groupe: les arrangements impétueux et transgressifs portent d'autres ambitions. Créant un récit qui traque cette heure bleue particulière où le jour se fond dans la nuit, la bande d'Anderson met en place un réceptable aux craintes plus ou moins fantasmées. Une irrationalité des sentiments qui pousse les chansons vers des segments cinématographiques où rien, surtout pas le dantesque, n'est interdit: spoken word, effets, dialogues, multiplication des crescendos, que ce soit dans la tornade d'ouverture As One ou le dément Roadkill. D'autant que Richard Oakes, qui cosigne les morceaux avec Anderson et le claviériste Neil Codling, libère sa guitare comme jamais auparavant, laissant l'instrument aller se fracasser contre les tumultueuses armées de cordes pour une vibrionnante synthèse électrique.