S'il est aujourd'hui quelque peu oublié, ses derniers films n'ayant du reste pas été distribués sous nos latitudes, le cinéaste hongkongais Fruit Chan devait signer, au tournant des années 2000, un chapelet d'oeuvres remarquables, les Made in Hong Kong, Durian Durian ou autre Dumplings qui allaient lui valoir une notoriété dans le circuit des festivals et au-delà. Carlotta a l'excellente idée de ressortir le premier en version restaurée, dans une édition digipack collector généreuse en suppléments, dont une passionnante interview-fleuve du réalisateur. De quoi prendre la mesure d'un ...

S'il est aujourd'hui quelque peu oublié, ses derniers films n'ayant du reste pas été distribués sous nos latitudes, le cinéaste hongkongais Fruit Chan devait signer, au tournant des années 2000, un chapelet d'oeuvres remarquables, les Made in Hong Kong, Durian Durian ou autre Dumplings qui allaient lui valoir une notoriété dans le circuit des festivals et au-delà. Carlotta a l'excellente idée de ressortir le premier en version restaurée, dans une édition digipack collector généreuse en suppléments, dont une passionnante interview-fleuve du réalisateur. De quoi prendre la mesure d'un film dont le temps n'a entamé ni l'urgence, ni la pertinence. Situé peu avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, le récit suit les allées et venues de Mi-Août, un délinquant juvénile, collecteur de dettes pour un caïd local doublé d'un glandeur patenté. Quotidien bousculé par sa rencontre avec Ah Ping, une jeune fille atteinte d'une maladie incurable, et la découverte par Jacky, son comparse handicapé mental, des lettres d'adieu laissées par une lycéenne suicidée... Tourné à l'arrache dans son décor urbain, Made in Hong Kong devait réussir à capter l'énergie de la mégalopole, tout en traduisant les incertitudes planant sur son avenir à travers l'équipée nihiliste de ses trois protagonistes. Si, comme le souligne Marco Müller, qui avait sélectionné le film à Locarno, il s'agissait de " filmer la vérité 24 fois par seconde", pour reprendre la formule de Godard, Fruit Chan saurait aussi la relever de fulgurances poétiques. Vingt-cinq ans plus tard, l'onde de ce polar stylisé n'en finit pas de résonner, Made in Hong Kong justifiant allègrement son statut de film-culte et plus encore. Le prolifique Johnnie To (dont l'on a encore pu découvrir dernièrement au festival Lumière Bonanza, l'un des segments du film collectif Septet: The Story of Hong Kong) signait pour sa part avec Judo (2004) un hommage à Akira Kurosawa et à son premier long métrage, La Légende du grand Judo. Soit l'histoire de Sze-To, gérant de club ayant oublié dans les brumes de l'alcool et son addiction au jeu son passé de champion de judo. Un homme que l'arrivée de Tony, un jeune judoka désireux de le défier, et Mona, une aspirante-chanteuse, va insensiblement détourner de la déchéance... S'il semble hésiter un temps entre comédie et drame, Judo n'en trace pas moins le portrait sensible d'un homme faisant face à son destin -Johnnie To ne manque d'ailleurs pas d'en souligner la portée philosophique dans le long entretien proposé en bonus. À quoi le réalisateur ajoute son sens aiguisé de la chorégraphie et une imposante maîtrise formelle pour inscrire son propos au confluent du film d'arts martiaux et du polar nocturne à la mode hongkongaise...