Collective Calls (Revisited) (Jubilee) est le premier disque de l'abondante discographie du saxophoniste (soprano et ténor) Evan Parker et de son complice de longue date le batteur Paul Lytton à faire écho à une oeuvre fondatrice, celle qui les vit enregistrer pour la première fois en duo. En l'occurrence Collective Calls (Urban) (Two Microphones), un LP publié en 1972 et réédité en 2002 sur un CD augmenté d'inédits par Psi, label (aujourd'hui en sommeil) créé par Parker à son seul usage. La comparaison inévitable entre le nouveau Collective Calls et son prédécesseur,...

Collective Calls (Revisited) (Jubilee) est le premier disque de l'abondante discographie du saxophoniste (soprano et ténor) Evan Parker et de son complice de longue date le batteur Paul Lytton à faire écho à une oeuvre fondatrice, celle qui les vit enregistrer pour la première fois en duo. En l'occurrence Collective Calls (Urban) (Two Microphones), un LP publié en 1972 et réédité en 2002 sur un CD augmenté d'inédits par Psi, label (aujourd'hui en sommeil) créé par Parker à son seul usage. La comparaison inévitable entre le nouveau Collective Calls et son prédécesseur, avec les 48 ans qui les séparent, vient avant tout souligner l'extraordinaire longévité musicale et humaine de la relation liant les deux musiciens (Parker est âgé de 75 ans et Lytton de 73), aussi fidèles en amitié qu'ils le sont en musique. Elle met ensuite en avant l'évolution individuelle et collective de la free music européenne tout entière qu'ils cristallisent à travers leurs personnes, leurs carrières et les productions musicales riches et nombreuses qui, comme autant de jalons, pavent leurs trajectoires singulières. Pourtant, même s'ils débutent de la même façon (un gong frappé par le batteur, répété plusieurs fois dans le nouvel album), les deux disques sont de faux jumeaux. Ils se ressemblent mais n'ont, fondamentalement, que peu en commun. C'est d'ailleurs ce qui rend leur écoute successive passionnante. L'album original vous plonge immédiatement dans un univers grinçant, hostile, secoué par de brusques montées d'adrénaline qui dérapent vers le cri. Même si le plus souvent la musique se contente de tapiner à la lisière du bois ou dans la partie sombre d'une rue crapuleuse en flirtant avec le silence, elle porte en permanence la menace d'un danger qui n'attend que l'instant propice pour vous sauter à la gorge. Son rejeton tardif est fait d'une tout autre matière. Formidablement enregistré, il ne peut se confondre avec son artisanal prédécesseur. Même si le danger précité n'en est pas absent, il possède une forme de franchise dont est dépourvu l'aîné. Sans jamais se policer pour autant, les deux musiciens avancent ici à découvert et font ce qu'ils savent faire le mieux: créer, en s'épaulant, une oeuvre où le silence ne cherche plus à être une lancinante menace mais une nécessaire respiration. Surtout, plus qu'un clin d'oeil adressé par deux vétérans aux jeunes musiciens qu'ils furent, les Collectives Calls sont aussi le lieu où se confrontent, à distance, deux époques aux préoccupations bien différentes. Cette opposition plus formelle qu'idéologique montre néanmoins que la révolte du free jazz a fini, en soi, par se transformer en un genre musical, artistique et savant, que l'on désigne aujourd'hui sous le nom générique mais indéfini, de " musique improvisée".