Le futur a-t-il à ce point mauvaise haleine qu'on se réfugie constamment dans les bras du passé? On connaissait déjà "l'effet doudou" qui pousse les quadras et quinquas à se repasser sans cesse le film de leur jeunesse. Et les chaînes de télé à les gaver de soirées estampillées "années 70, 80 et 90", où les mêmes refrains délavés tournent en boucle et les mêmes artistes bouffis viennent toucher les dividendes d'une célébrité déclinante. Pour la ressemblance, on repassera. On dirait des photocopies de mauvaise qualité des décennies passées à la moulinette. Une approximation esthétique qui ne pourrait bientôt p...

Le futur a-t-il à ce point mauvaise haleine qu'on se réfugie constamment dans les bras du passé? On connaissait déjà "l'effet doudou" qui pousse les quadras et quinquas à se repasser sans cesse le film de leur jeunesse. Et les chaînes de télé à les gaver de soirées estampillées "années 70, 80 et 90", où les mêmes refrains délavés tournent en boucle et les mêmes artistes bouffis viennent toucher les dividendes d'une célébrité déclinante. Pour la ressemblance, on repassera. On dirait des photocopies de mauvaise qualité des décennies passées à la moulinette. Une approximation esthétique qui ne pourrait bientôt plus suffire. L'heure est en effet à la recherche de l'au-then-ti-ci-té. On ne se contente plus de la copie, on veut l'original, se frotter à l'£uvre débarrassée de toutes les coupes, retouches, manipulations imposées par les agents, les producteurs ou les éditeurs. Exit les couches de papier peint accumulées avec le temps, place à la fresque d'origine! Avec ses éventuels défauts. Pour embellir le bouquet, on peut toujours ajouter quelques bonus, documents inédits, images d'époque, témoignages de première main. Tout ce qui peut replacer l'objet de dévotion dans son contexte est le bienvenu. Comme avec cette réédition du cultissime Station to Station de Bowie, attendue cet automne, et flanquée de quelques pièces à conviction 5 étoiles, dont un double live de 1976. Une réédition de plus, après celles des Stones ou de Hendrix, avant celles de Lennon, Springsteen ou Hendrix (encore). Que ces monuments de la musique figurent parmi les artistes les plus en vue de l'année en dit long sur notre fascination pour le patrimoine historique! Qui s'en plaindra? Il vaut sans doute 100 fois mieux écouter les pères fondateurs du rock que de s'écorcher les oreilles avec des imita-tions sans relief. Si c'est pour leur vertu "pédagogique" qu'ils retrouvent leur éclat (l'ont-ils perdu seulement?), pas de souci. Si par contre cet emballement traduit une forme de conservatisme d'un nouveau genre, qui se solderait par le refus de toute nouveauté, c'est évidemment plus gênant, voire inquiétant. Car arrivera forcément un moment où même les meilleurs morceaux finiront par radoter... Parfois, cet élan de probité sert juste à réparer des erreurs de parcours, voire des injustices, qui ont été jusqu'à estropier des textes clés du panthéon littéraire. C'est le sens de la retraduction aujourd'hui en version non expurgée de plusieurs nouvelles de Raymond Carver. Ou de la publication du "rouleau" original de Sur la route de Jack Kerouac. Il ne faut pas croire que ce genre de censure douce n'arrive qu'aux autres. Jaco Van Dormael en sait quelque chose. Pour passer la rampe des salles, il avait dû raboter la fin de son Mr. Nobody. Pour voir le director's cut, il faut donc s'en remettre au DVD... Dernier coup d'éclat de cette bouffée de nostalgie: l'exhumation tardive des carnets intimes de Marilyn Monroe. Des Fragments qui paraîtront le 7 octobre et changeront à jamais, dit-on, l'image de la blonde écervelée. Le passé a de l'avenir comme disait l'autre... l Par Laurent Raphaël