D'YVES DELMAS ET DE CHARLES GANCEL, ÉDITIONS LE MOT ET LE RESTE, COLLECTION ATTITUDES, 432 PAGES.
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D'YVES DELMAS ET DE CHARLES GANCEL, ÉDITIONS LE MOT ET LE RESTE, COLLECTION ATTITUDES, 432 PAGES. Si aujourd'hui la protest song et le chanteur engagé ont pour ainsi dire disparu, si le folk et le rock ont été vidés de leur substantifique moelle, devenant à la fois une arme de guerre aux mains des puissants, la B.O. du soldat qui fait feu, décérébré par son walkman, et un élément incontournable de toute campagne électorale, la guitare est encore dans les années 60 l'emblème de la liberté. Une liberté sociale, politique et générationnelle que raconte en long, en large et en travers l'ouvrage d'Yves Delmas et de Charles Gancel réédité par Le Mot et Le Reste. Protest Song, La Chanson contestataire dans l'Amérique des sixties étudie en musique la révolution sociale et culturelle d'une décennie mouvementée où le cours de l'histoire s'est accéléré. Le livre épluche les trois grands mouvements qui ont ébranlé les Etats-Unis entre 1961 et 1972: la lutte pour les droits civiques, la contre-culture et l'opposition à la Guerre du Vietnam. Il décortique aussi le triomphe de Bob Dylan et de la protest song, la naissance du folk rock, le déclin et la naissance de la rock music docile et l'après-Protest, l'émergence souvent poisseuse du rock humanitaire... Sur plus de 400 pages, Charles Gancel, nouvelliste, musicien, spécialiste de la musique américaine des années 60, et Yves Delmas dressent la bande son de la contestation. Du revival folk où le texte prime jusqu'à l'explosion des guitares électriques en passant par la british invasion et le rôle des Beatles, ils rendent hommage à ceux qui contestent, qui revendiquent et qui protestent. " Droits civiques, pacifisme antinucléaire, opposition à la Guerre du Vietnam. Ecologie, famines, pauvreté... Chaque fois que les Etats-Unis font un virage vers la gauche, la musique folk figure aux avant-postes." Protest Song... , c'est donc Joan Baez qui impose la non- ségrégation du public dans les salles où elle se produit et qui, ayant déterminé que 60 % de ses impôts sont consacrés aux dépenses militaires, retient pendant 10 ans la somme correspondante pour l'octroyer à des associations caritatives, l'administration fiscale sur le dos. C'est Buffy Sainte-Marie et Peter Lafarge qui expriment l'humiliation et la spoliation des Indiens... Puis évidemment Bob Dylan (son père spirituel Woody Guthrie), Phil Ochs, les Byrds, Janis Joplin, le Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, Woodstock, Zappa, le Grateful Dead, le MC5... Ouvrage documenté, passionnant et instructif, cette nouvelle édition (l'original date de 2005) est accompagnée d'une conclusion qui met en lumière les sixties au regard de notre époque. Dans le temps, pendant que la "révolution" s'exportait, une industrie naissait. Celle qui se fissure aujourd'hui alors que se remettent à poindre quelques contestataires et musicaux soubresauts. Bientôt le retour des guitares rebelles? l JULIEN BROQUET