La Chine cultive un paradoxe monumental. Devançant Nintendo et Microsoft, les 11,94 milliards d'euros de revenus annuels de l'éditeur Tencent Games en 2021 hissent ce dernier au deuxième rang mondial. Tencent talonne la première place occupée par Sony grâce à des rachats (Riot Games), des investissements (Epic Games) et des créations mobiles ( Honor of Kings) très juteuses. Face à l'Europe, au Japon et aux USA, l'empire du Milieu, qui n'a officiellement légalisé les consoles de salon qu'en 2014, n'a toutefois aucun rayonnement culturel et ludique à l'échelle de la planète. À l'exception d'une poignée d'exemples d...

La Chine cultive un paradoxe monumental. Devançant Nintendo et Microsoft, les 11,94 milliards d'euros de revenus annuels de l'éditeur Tencent Games en 2021 hissent ce dernier au deuxième rang mondial. Tencent talonne la première place occupée par Sony grâce à des rachats (Riot Games), des investissements (Epic Games) et des créations mobiles ( Honor of Kings) très juteuses. Face à l'Europe, au Japon et aux USA, l'empire du Milieu, qui n'a officiellement légalisé les consoles de salon qu'en 2014, n'a toutefois aucun rayonnement culturel et ludique à l'échelle de la planète. À l'exception d'une poignée d'exemples dont Candleman de Spotlightor ou Koi d'Oasis Games, les jeux indés made in China sont quasiment invisibles à l'international. La Chine ne tente pas moins de rattraper son retard via diverses initiatives événementielles (le salon WePlay notamment) et éditoriales. Depuis trois ans, le programme Sony China Hero Project met d'ailleurs en lumière une dizaine de jeux indie dont F.I.S.T.: Forged In Shadow Torch, de Ti Games. Croisant le gameplay 2,5D de Metroid et l'esthétique dieselpunk du Final Fantasy VII originel, le jeu s'impose comme une divine surprise old school. Originaire de Shanghai, Ti Games semble s'être inspiré des murs de briques fatigués et des éclairages blafards de l'ancien quartier français de sa ville pour brosser Torche City. Cette cité, également influencée par l'identité industrielle mythique de Midgard de Final Fantasy VII, multiplie les effets de perspectives et d'ombres somptueux. Les animations haut de gamme aussi, à commencer par celles de Rayton, ex-héros déchu d'une révolution étouffée, que le joueur incarne. Habité d'animaux anthropomorphiques engagés dans un soulèvement très attachant, F.I.S.T. immerge sans peine le gamer dans un univers déglingué et robotique. La douceur de sa courbe d'apprentissage et l'efficacité de son gameplay en croisade contre des chiens de fer totalitaires réjouissent. Entre exploration de niveaux labyrinthiques et baston à la Super Smash Bros., ce trip nous fait endosser un exosquelette qui ne réinvente pas la roue, mais qui vrombit comme une machine rutilante. Du genre à pétarader avec un coup de poing mécanique monumental... D'un smash au sol à des frappes chargées, cet équipement phare favorise également des combos aériens jubilatoires. Un très bon feeling complété de contre-attaques et de mouvements de plus en plus complexes à retenir, entre des sous-fifres, des drones et autres boss intermédiaires vraiment inspirés. Accompagné d'une foreuse et d'un fouet électrique, F.I.S.T. a également le bon goût de pousser à l'exploration de niveaux industriels géants. Et de transformer vers la fin ses phases de plateforme en shoot them up sous-marin. Rien de très neuf dans tout cela, mais Ti Games connaît ses classiques par coeur. Un fait d'armes remarquable pour ce studio qui a grandi dans un pays qui était encore privé de culture gaming dans les années 2000.