DE LISA CHOLODENKO. AVEC FRANCES MCDORMAND, RICHARD JENKINS, BILL MURRAY. 4X60 MIN. SUR BE TV, À PARTIR DU 02/04. DISPONIBLE EN DOUBLE DVD CHEZ WARNER.
...

DE LISA CHOLODENKO. AVEC FRANCES MCDORMAND, RICHARD JENKINS, BILL MURRAY. 4X60 MIN. SUR BE TV, À PARTIR DU 02/04. DISPONIBLE EN DOUBLE DVD CHEZ WARNER. 8 Découverte lors de la dernière Mostra de Venise, la mini-série Olive Kitteridge en aura assurément constitué l'un des événements, confirmant ce qu'avait déjà laissé entrevoir l'extraordinaire Mildred Pierce de Todd Haynes: l'intérêt de ce format inusité pour donner corps et ampleur à des histoires dont Hollywood semble ne plus trop savoir que faire. Le parallèle entre les deux productions HBO ne s'arrête d'ailleurs pas là: on trouve au coeur de l'une et l'autre une femme évoluant à rebours des clichés. Ainsi donc Olive Kitteridge (Frances McDormand, magistrale), femme d'âge mûr que l'on découvre dans une forêt, alors qu'elle est sur le point de mettre fin à ses jours. Et la narration d'ensuite remonter le temps, pour l'arrêter 25 ans plus tôt, au coeur d'une petite communauté côtière du Maine, tout ce qu'il y a de plus ordinaire en apparence. Voire, toutefois, il y a là son comptant de névroses et de dépressions plus ou moins larvées, et le couple que forment Henry Kitteridge (Richard Jenkins, comme toujours excellent), le pharmacien du coin doublé d'un homme aussi bon qu'effacé, et Olive, une prof de math peu commode pour le moins, n'échappe pas à la règle, l'usure y ayant insidieusement fait son oeuvre. Constat se traduisant chez Ollie, comme il la surnomme affectueusement, par une attitude oscillant entre la froideur et l'exaspération -traits qu'elle reproduit peu ou prou à l'identique à l'attention du monde extérieur. Distant, et confinant à la méchanceté, le masque dissimule pourtant une nature plus complexe et par ailleurs vulnérable, que les circonstances de la vie -le mariage de leur fils, la tentative de suicide d'un ancien élève...-, observées sur quelques décennies, vont contribuer à révéler. Adapté par Jane Anderson du best-seller éponyme d'Elizabeth Strout, prix Pulitzer 2009, Olive Kitteridge se déploie en un fascinant portrait à facettes, celui de cette femme aux principes confinant à la rigidité, et du petit monde environnant. Une entreprise rendue d'autant plus passionnante que ce cadre banal regorge d'aspérités affleurant ici et là, venues donner à l'ensemble une nuance neurasthénique. Laquelle se voit tempérée de multiples traits d'humour acéré, et autres variations inattendues donnant sa dynamique éclatée à l'histoire -la composition funambule de Bill Murray dans le dernier volet de la série est, à cet égard, un pur régal. Partant, le scénario de Jane Anderson évite l'écueil d'un surcroît de pathos pour s'avérer méditation sensible et pénétrante sur l'existence, et les affres du temps qui passe. Un propos que Lisa Cholodenko (The Kids Are Alright) met en scène avec une discrète élégance déclinant les teintes de la mélancolie, à quoi Frances McDormand apporte un relief tout singulier. On n'est pas près, au terme des quatre heures de cette étonnante tranche de vie, d'oublier la personnalité paradoxale mais finalement bien familière d'Olive Kitteridge, coeur battant de cette mini-série à ne pas manquer. J.F. PL.