Révélé en 2009 par Ajami, film choral coréalisé avec Scandar Copti et auréolé de la Caméra d'or à Cannes, le cinéaste israélien Yaron Shani signe, avec Chained, Beloved et Stripped, une trilogie de l'amour n'étant pas sans rappeler dans sa forme le modèle expérimenté par Lucas Belvaux en 2002 avec son triptyque Un couple épatant/Cavale/Après la vie. À savoir trois films autonomes mais complémentaires qui, réunis, en composent en quelque sorte un quatrième.
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Révélé en 2009 par Ajami, film choral coréalisé avec Scandar Copti et auréolé de la Caméra d'or à Cannes, le cinéaste israélien Yaron Shani signe, avec Chained, Beloved et Stripped, une trilogie de l'amour n'étant pas sans rappeler dans sa forme le modèle expérimenté par Lucas Belvaux en 2002 avec son triptyque Un couple épatant/Cavale/Après la vie. À savoir trois films autonomes mais complémentaires qui, réunis, en composent en quelque sorte un quatrième. Chained et Beloved, les deux premières pièces du puzzle, gravitent autour d'un couple en crise dont l'histoire va se décliner au masculin puis au féminin (suivant l'ordre suggéré par ce coffret DVD). Soit Rashi et Avigail, un flic consciencieux et une infirmière dévouée, vivant à Tel-Aviv avec Yasmin, la fille adolescente de la seconde. Un couple dont l'existence va partir insensiblement en vrille après que Rashi se trouve mis à pied suite à un contrôle un peu trop zélé, circonstances qui vont le conduire à adopter une attitude toujours plus rigide impactant douloureusement son entourage. Avigail en tête, qui va éprouver de plein fouet la fragilité de leur relation tout en tentant de se ménager un espace où respirer. Yaron Shani y puise la matière d'un drame intime puissant, tendu dans un premier temps, plus apaisé dans son second volet. Des scènes de la vie conjugale dont l'ancrage dans la réalité (au naturel des acteurs se greffant le floutage ponctuel des corps et des visages, venu souligner l'illusion documentaire), comme la déclinaison à deux voix (les personnages glissant de l'arrière-plan à l'avant-plan d'un film à l'autre) ajoutent à la force, mais aussi à la complexité des émotions et des sentiments qu'elles charrient. À ce diptyque, Stripped tient lieu d'appendice inconfortable. L'histoire gravite autour d'Alice, une jeune écrivaine qui apparaissait dans Beloved, et Ziv, son voisin adolescent dont le service militaire pourrait sonner le glas des aspirations musicales. Mais si le film retrace leur rapprochement à la faveur d'un documentaire qu'elle s'apprête à tourner, il s'insinue plus encore dans les réminiscences d'un viol qu'elle a subi, dont ce récit est la chronique déstructurée mais pas moins glaçante pour autant. "Stripped est une exploration à plusieurs niveaux des démons violents et gracieux que nous cachons sous couvert de normalité", relève Shani dans l'interview proposée en complément où il s'étend sur sa démarche. Et le film de dispenser un malaise aigu, ponctuant sur une note idoine une trilogie de l'amour qui travaille, en plus de la violence des rapports hommes-femmes (à laquelle le réalisateur oppose une sororité-refuge), une crise sociétale profonde et son pendant, l'aliénation.