Planer sur un tapis volant avec Magic Carpet. Plonger dans la dystopie de Syndicate. Ou encore piéger des héros sur Dungeon Keeper. Du début à la fin des années 90, l'équipe de Bullfrog a aligné des hits gaming furieusement avant-gardistes. Le studio stimulé par Peter Molyneux transcendait en outre la nature ennuyeuse voir anxiogène d'une simulation de gestion hospitalière avec Theme Hospital en 1997. Drôle, coloré et cynique, ce cousin de Theme Park alimente toujours les troubles obsessionnels de Mark Webley et Gary Carr. Si bien que les cocréateurs du jeu lâchaient l'an dernier sa suite spirituell...

Planer sur un tapis volant avec Magic Carpet. Plonger dans la dystopie de Syndicate. Ou encore piéger des héros sur Dungeon Keeper. Du début à la fin des années 90, l'équipe de Bullfrog a aligné des hits gaming furieusement avant-gardistes. Le studio stimulé par Peter Molyneux transcendait en outre la nature ennuyeuse voir anxiogène d'une simulation de gestion hospitalière avec Theme Hospital en 1997. Drôle, coloré et cynique, ce cousin de Theme Park alimente toujours les troubles obsessionnels de Mark Webley et Gary Carr. Si bien que les cocréateurs du jeu lâchaient l'an dernier sa suite spirituelle avec Two Point Hospital. On ne repense heureusement pas (trop) à la construction en dix jours de l'hôpital de Wuhan en jouant aux architectes d'intérieur et au DRH sur Two Point Hospital. Le titre qui migre aujourd'hui du PC aux consoles demande d'ériger et de faire prospérer jusqu'à quinze établissements. Mais ses visuels très cartoon et la dégaine de sa population avancent tout sourire, comme un long métrage de Wallace & Gromit. Mieux, le flux incessant de patients défilant sous les yeux du joueur trimbale des maladies farfelues et imaginaires. D'une infection sanguine au pudding à une pixélite aiguë en passant par un magnétisme animal collant littéralement des créatures sur des quidams " victimes de déodorants bon marché", Two Point Hospital se marre. Plus d'une cinquantaine de maladies fictionnelles y dérègle un écosystème qui n'en est pas moins profond et réglé comme une horloge suisse. Du genre à vite partir en vrille. Le jeu entame pourtant ses débats gentiment. On commence ainsi par installer dans des murs vides un bureau de réception. On y dessine aussi un cabinet de généraliste. Vient ensuite une pharmacie et sa machine de labo. Sanitaires, fauteuils, distributeurs et autres commodités pour accueillir les patients... Parcourir le catalogue des objets ressemble à une visite chez IKEA. Engager une personne à l'accueil, un médecin et un agent d'entretien permet d'ouvrir enfin les portes du petit dispensaire. Ce petit monde idéal virera toutefois rapidement au cauchemar géant. Vaut-il mieux engager un généraliste au coeur d'or pas très compétent ou miser sur un spécialiste très doué mais qui ne ménage pas ses patients? Two Point Hospital enfile les embauches au fil des heures et la formation de son staff. Cet élément crucial se double d'une gestion du flux des patients dans les couloirs, cruciale à la réussite. De la disposition des salles de traitement spécialisées au simple placement d'un distributeur de soda (trop loin d'une salle d'attente, il plombe le rythme des consultations), chaque pixel y fait sens. Explosions d'outillage mal entretenu, fantômes de patients décédés, staff en colère, patient mécontent... Mille autres variables tapissent les couches de Two Point Hospital. Gare aux maux de tête!