TEXTE OLIVIER VAN VAERENBERGH
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TEXTE OLIVIER VAN VAERENBERGHElle, s'exprime avec une douceur et un accent typically british, mais se maquille comme Siouxsie -sa copine. Lui, gentleman septuagénaire, signe aimablement des livres -on le croirait retraité de la City, il incarne au contraire l'âme bohémienne et underground de Londres. Cathi Unsworth, égérie post-punk et ancienne journaliste du magazine Sounds, écrit aujourd'hui des polars complexes et shocking. Barry Miles -" please, call me Miles"-, l'ami de Ginsberg, le biographe de Sir Paul, ancien, lui, du NME, et dont la galerie d'art accueillit en son temps la première rencontre entre John Lennon et une certaine Yoko, reste la mémoire vivante du Swinging London -il vient d'éditer la brique sans doute définitive sur l'histoire de l'underground londonien, sur 60 ans. Tous deux sont et resteront londoniens à jamais. Mais leur ville, aujourd'hui au centre de toutes les attentions, peut-elle encore se prétendre capitale de la (contre-)culture? Croisées au festival de Saint-Malo, à quelques encablures de JO qui cassent un peu leurs oreilles de rebelles, ces deux figures locales ont un avis sur leur ville: ils l'aimeront toujours, même si ça ne sera plus jamais "comme avant". Sur le constat d'abord, pas de discussion: Londres a bel et bien été LA capitale de la contre-culture pendant plus d'un demi-siècle. Comme aucune autre ville. " Les sociétés ont toujours grandi ou décliné en fonction de la créativité de leur population et leur sens de la contre-culture, théorise ainsi Barry Miles. Toutes les grandes cités se sont bâties sur des gens qui brisaient les règles, s'en prenaient aux valeurs de l'establishment. Or en Angleterre, dans les années 50, la vie était vraiment dure, la société extrêmement stricte. Le cliché de l'homme d'affaires avec parapluie et chapeau boule, c'était vraiment comme ça! Toute déviance était mal vue. Et paradoxalement, c'est cet establishment de Londres, sa richesse, son business, son aristocratie, son conservatisme, qui ont nourri à ce point la contre-culture. Avant de la récupérer et d'en faire une culture de masse et de consommation, ce qui fait partie de sa destinée. "Cathi Unsworth confirme, elle qui situe son dernier roman noir au tournant des années 50 et 60, " une période folle, passionnante, quatre ou cinq années qui ont vraiment tout changé. C'était la fin de l'Empire britannique, le début de l'âge d'or de l'Empire américain... Tout se mélangeait par cercles, le sexe, la politique, la culture. La musique pop, née à Londres, a consacré tout ça, ouvert les vannes. Tout était possible. La ville n'aura plus jamais une telle aura. La consommation a remplacé la culture aujourd'hui, à Londres comme ailleurs." Barry Miles à son tour, partage le constat d'une ville en perte d'influence. Même s'il n'y voit rien que de très normal. " Les choses sont logiquement devenues globales. Il n'y a plus une cité qui peut se prévaloir d'être le foyer d'une culture particulière. On le voit avec Julian Assange, avec des choses comme Wikileaks: la contre-culture existe encore, mais va prendre d'autres formes. Plus simplement aussi, les grandes villes comme Londres ou Paris sont devenues tellement chères, il est devenu impossible pour des créatifs, des esprits bohémiens, d'y rester. La jeunesse va ailleurs." Cathi Unsworth, elle, peut encore se permettre de vivre, comme depuis 25 ans, dans son quartier de Ladbroke Grove. C'est la force de Londres, et sans doute son assurance-vie culturelle: " On ne finit jamais d'en faire le tour, d'y découvrir des personnages, des histoires. Tant que s'y mêlent le crime, la politique et la culture, il en sortira toujours quelque chose. La logique punk du "Do it yourself" est encore vivace ici." Barry Miles conclut, dans une bouffée d'enthousiasme: " Il y a mieux que les JO: 48 galeries d'art ont ouvert à Londres en un an! C'est là que ça se passe."