Mary Beard est une des plus grandes historiennes du monde gréco-romain. Il y a deux ans, son SPQR, immense best-seller retraçant toute l'Histoire de Rome, en avait administré la preuve la plus éclatante. Qu'est-ce qui lui a donc pris de se lancer dans l'écriture d'un petit pamphlet consacré aux liens entre femmes et pouvoir en Occident? La réponse est simp...

Mary Beard est une des plus grandes historiennes du monde gréco-romain. Il y a deux ans, son SPQR, immense best-seller retraçant toute l'Histoire de Rome, en avait administré la preuve la plus éclatante. Qu'est-ce qui lui a donc pris de se lancer dans l'écriture d'un petit pamphlet consacré aux liens entre femmes et pouvoir en Occident? La réponse est simple: parce que ces liens se sont précisément noués dans l'Antiquité gréco-romaine. Suivant le fil des trucs et astuces de rhétorique par lesquels les hommes se sont arrangés pour couper le caquet des femmes dans tous les contextes possibles, elle montre combien, sur ce plan-là aussi, nous sommes bien davantage romains que nous le croyons. Et, par un paradoxe piquant pour quelqu'un qui a passé sa vie à se passionner pour les Antiques, Mary Beard pense qu'il faut que ça cesse -et que le droit à la parole, à être prises au sérieux et à disposer d'un pouvoir propre doit enfin être reconnu aux femmes au-delà des simples discours. La démonstration, qui remonte à la constitution grecque du muthos, de la "parole publique", et évoque Ovide et Shakespeare, Elizabeth I et Margaret Thatcher, Henry James et Eschyle, est ironique, féroce, virevoltante et érudite -comme il fallait s'y attendre de ce qui se présente comme un "manifeste". Mais elle en appelle aussi à un renouvellement profond de notre conception du pouvoir en tant que tel, dès lors qu'il ne s'agit pas tant de "donner" du pouvoir aux femmes que de faire en sorte que celles-ci aient la possibilité de transformer jusqu'au sens même du mot "pouvoir". Reste une question: cette transformation ira-t-elle jusqu'à emporter sa suppression pure et simple? Faites vos jeux, rien ne va plus.