" Ce qui m'intéresse, c'est de faire en sorte que ce qui vous semblait terrifiant auparavant vous paraisse beau, magnifique, spectaculaire ou émouvant." De l'inaugural Cronos (1993) au récent The Shape of Water (2017) en passant notamment par Mimic (1997) et Hellboy (2004), on connaît, bien sûr, le goût de Guillermo del Toro pour les monstres, le cinéaste mexicain ayant toujours pris soin dans ses oeuvres de remettre de l'humain dans l'horreur, de la tendresse dans la laideur, de la grâce dans la difformité. Alors que son nouveau film, Nightmare Alley, est attendu pour le début de l'ann...

" Ce qui m'intéresse, c'est de faire en sorte que ce qui vous semblait terrifiant auparavant vous paraisse beau, magnifique, spectaculaire ou émouvant." De l'inaugural Cronos (1993) au récent The Shape of Water (2017) en passant notamment par Mimic (1997) et Hellboy (2004), on connaît, bien sûr, le goût de Guillermo del Toro pour les monstres, le cinéaste mexicain ayant toujours pris soin dans ses oeuvres de remettre de l'humain dans l'horreur, de la tendresse dans la laideur, de la grâce dans la difformité. Alors que son nouveau film, Nightmare Alley, est attendu pour le début de l'année prochaine, L'Échine du Diable, son troisième long métrage, a l'honneur d'intégrer la très sélecte collection de coffrets ultra-collector des éditions Carlotta. Sortie initialement en 2001 (l'année suivante en Belgique), cette histoire de fantôme(s), de vermines et d'éclopés de la vie prend la forme d'un conte cruel sur l'enfance empreint de fantastique et d'Histoire. Le film situe son action en pleine guerre d'Espagne, dans un orphelinat catholique perdu au coeur de la campagne ibérique. Trouvant refuge entre ses murs, le jeune Carlos s'y confronte à une certaine hostilité ambiante, mais se frotte surtout aux secrets les plus sombres qu'abrite cette étrange institution: l'or de la cause républicaine et le fantôme d'un enfant qui hante le sous-sol de l'établissement... Loin d'être le meilleur effort de Guillermo del Toro (le cinéaste mexicain signera cinq ans plus tard Le Labyrinthe de Pan), L'Échine du Diable vaut surtout pour son envoûtante atmosphère désertique où se mêlent violence et poésie, ainsi que pour l'imaginaire enfantin qui irrigue sa trame. Empreint de classicisme, ce film qu'on devine très personnel, et d'ailleurs dédié à ses parents, voit le réalisateur se frotter au registre de l'émotion pure avec une certaine naïveté (la voix off un peu bébête qui encadre l'intrigue et fait boucle) mais aussi avec une belle ambition plastique. Largement inspiré de la littérature gothique anglo-saxonne, le récit, très simple, plutôt prévisible, se nourrit quant à lui d'une symbolique assez limpide, la peur et les fantômes renvoyant d'évidence à des spectres d'ordre historique et politique. Numérotée et limitée à 3 000 exemplaires, l'édition ultra collector de Carlotta comprend le DVD et le Blu-ray du film en nouvelle restauration 2K. Celui-ci s'accompagne d'une ribambelle de suppléments conséquents: interview des acteurs, making of, plongée dans les arcanes du film, confession du cinéaste sur ses propres démons, effets spéciaux, story-board, conversation au long cours... Superbe, le coffret contient en outre un livre de 200 pages richement illustré, Ritournelle gothique en terres hispaniques, qui pose cette oeuvre séminale en véritable épine dorsale de la filmographie de del Toro. Les fans vont se régaler.