"Quelque chose de bien peut toujours sortir de quelque chose de mal!" Hany Abu-Assad n'est pas fan des émissions genre Arab Idol(1), mais il n'en a pas moins vibré aux exploits de Mohammed Assaf, le jeune chanteur palestinien venu de Gaza et qui remporta le concours en 2013, à la surprise générale. "Le soir de la finale, j'étais comme tous les Palestiniens ou presque devant la télévision, à souhaiter sa victoire, se souvient le cinéaste, j'ai vibré, crié ma joie et très vite j'ai eu envie d'en faire un film, de célébrer ce beau et fort moment, de raconter cette histoire de nature à inspirer les gens."
...

"Quelque chose de bien peut toujours sortir de quelque chose de mal!" Hany Abu-Assad n'est pas fan des émissions genre Arab Idol(1), mais il n'en a pas moins vibré aux exploits de Mohammed Assaf, le jeune chanteur palestinien venu de Gaza et qui remporta le concours en 2013, à la surprise générale. "Le soir de la finale, j'étais comme tous les Palestiniens ou presque devant la télévision, à souhaiter sa victoire, se souvient le cinéaste, j'ai vibré, crié ma joie et très vite j'ai eu envie d'en faire un film, de célébrer ce beau et fort moment, de raconter cette histoire de nature à inspirer les gens." La bande de Gaza est sans doute un des endroits du monde où l'expression "no future" trouve à s'illustrer le mieux. Un joli paradoxe y a fait germer une histoire pleine d'optimisme. Mais peut-être ne s'agit-il pas d'un si grand paradoxe... "Je suis Palestinien mais je vis en Occident (2), explique Abu-Assad, et en Occident nous avons tendance à ne voir que laideur dans un endroit comme Gaza, à n'y apercevoir aucune trace de beauté. Mais c'est oublier que de la laideur naît la beauté, du désespoir germe l'espoir. Le Moyen Âge européen, sombre et violent, a vu se créer des expressions artistiques parmi les plus sublimes! La noirceur provoque un désir plus fort de lumière, l'absence de perspective pousse à chercher le moindre signe justifiant l'optimisme. A l'opposé, le confort de nos sociétés occidentales contemporaines pousse l'artiste à chercher ce qui ne va pas, à souligner l'envers plus sombre des choses, le revers du confort, de la sécurité." Sombre et grave, le film le plus connu du réalisateur, Paradise Now, l'était assurément, qui suivait deux Palestiniens préparant un attentat suicide à Tel Aviv... "Le lien entre tous mes films, c'est de montrer des hommes confrontés à des choix décisifs, qui ne veulent pas forcément faire de choix précis mais qui se le voient imposer... et qui en meurent, généralement. Mohammed ne meurt pas, mais il se rend compte que son choix ne sera que très difficilement couronné de succès et que s'il gagne, il se sera d'une certaine manière perdu lui-même, il aura perdu celui qu'il était avant. Il était un chanteur et il est devenu un héros, un symbole pour beaucoup de gens. Il en est dépassé, effrayé. Il sait qu'il va devoir jouer un rôle désormais. Il ne pourra plus jamais être ce gamin juste heureux de chanter. C'est pour cela qu'il pleure, à la fin..." La première partie de The Idol raconte l'adolescence du héros, ses premiers pas dans la musique avec un petit groupe animé surtout par sa soeur, qui n'avait peur de rien mais qui devait passer pour un garçon car une fille, à Gaza sous la férule du Hamas, ne pourrait se produire en public... "Gaza est comme une prison à ciel ouvert, et les Israéliens ne sont pas les seuls geôliers", lâche un Hany Abu-Assad qui n'ignore pas l'aversion des barbus pour l'art en général, la musique et... le cinéma en particulier. Entre tragique et comique, il pointe aussi leur rôle dans le marasme auquel Mohammed échappe en passant la frontière égyptienne pour aller vivre son rêve. "Je souhaite que mon travail soit le plus authentique possible, martèle le cinéaste, et le personnage de Nour, la soeur, témoigne d'une réalité: il y a plein de chanteuses à Gaza, plein de filles et de femmes courageuses qui défient le Hamas et les stéréotypes qu'il impose! Les parents de la jeune fille qui joue le personnage de Nour dans le film sont du Hamas. Il n'était pas question pour eux de la laisser faire le film, malgré nos appels nombreux et insistants durant deux mois d'efforts pour les convaincre. Mais elle est forte, tellement forte que le père a fini par céder. La réalité est toujours plus complexe que l'idéologie, et personne n'incarne mieux la réalité que les femmes! Elles sont les premières à subir l'oppression, mais aussi les premières à y résister..." Et Abu-Assad de s'exalter en clamant: "C'est cela aussi, et peut-être surtout, la beauté de Gaza! On ne s'y apitoie pas sur soi-même!" Comment s'étonner alors qu'un rêve puisse devenir réalité? (1) ÉMISSION DE TÉLÉVISION ARABE CALQUÉE SUR LE MODÈLE DE POP IDOL, LE SHOW TÉLÉVISÉ BRITANNIQUE QUI A AUSSI INSPIRÉ AMERICAN IDOL AUX ÉTATS-UNIS ET... NOUVELLE STAR EN FRANCE. (2) AUX PAYS-BAS, OÙ IL FUT... INGÉNIEUR AÉRONAUTIQUE AVANT DE PRENDRE LE CHEMIN DU CINÉMA. RENCONTRE Louis Danvers