Jusqu'ici cantonnés à une niche de gamers, les jeux à messages commencent à aligner les succès commerciaux. This War of Mine se hisse parmi ses porte-drapeaux aux côtés de Papers, Please. Planqué sous le képi d'un garde-frontière communiste rongé par des choix cornéliens, ce dernier continue à se vendre, cinq ans après sa sortie. Lucas Pope, son créateur, met toutefois le cap vers de tout autres rivages sur Return of the Obra Dinn. L'ex-collaborateur des deux premiers Uncharted chez Naughty Dog y ouvre ainsi une enquête maritime monochrome, pour le moins singulière.
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Jusqu'ici cantonnés à une niche de gamers, les jeux à messages commencent à aligner les succès commerciaux. This War of Mine se hisse parmi ses porte-drapeaux aux côtés de Papers, Please. Planqué sous le képi d'un garde-frontière communiste rongé par des choix cornéliens, ce dernier continue à se vendre, cinq ans après sa sortie. Lucas Pope, son créateur, met toutefois le cap vers de tout autres rivages sur Return of the Obra Dinn. L'ex-collaborateur des deux premiers Uncharted chez Naughty Dog y ouvre ainsi une enquête maritime monochrome, pour le moins singulière. Lucas Pope s'est forgé un nom avec Papers, Please, mais son parcours indé s'allumait bien avant. Créateur de mods(1) officiels pour Quake dans les années 90 (notamment pour le film Anaconda chez Sony!), l'artiste a toujours abordé le jeu vidéo à contre-courant. Le créateur aujourd'hui basé au Japon développait ainsi Gearthead Garage, un jeu de réparation automobile inattendu en 1999. Plus tard, il glissait le joueur dans la peau d'un rédacteur en chef opposé à son gouvernement sur The Republia Times. Lettrines, mise en pages, annuaire, illustrations... sa passion pour la papeterie et l'imprimerie -le tampon de Papers, Please!- percole aussi dans le livre de notes central à l'enquête de Return of the Obra Dinn. Incarnant un assureur, le gamer y annote son exploration d'un navire marchand mystérieusement rentré à bon port, avec des cadavres pour seul équipage. Le bâtiment de la Compagnie des Indes, sans vie en début de partie, livrera toutefois ses secrets au fil de voyages temporels fous. Écrasé par un canon, décapité, suicidé ou empoisonné? D'une simple fusillade revancharde à l'attaque d'une pieuvre titanesque, on explore à la première personne une suite de scènes figées dans le temps. Des zooms sur des visages de matelots en train de succomber tracent des liens avec les illustrations de son carnet. Méticuleusement, on y annote les causes de décès des victimes, en piochant dans une longue liste d'options. Ce processus exigeant un bon sens de l'observation et de la déduction permet également de deviner l'identité des 60 morts de l'Obra Dinn. Revêche, Return of the Obra Dinn demande de reconstituer une chronologie sur une série d'événements sanglants. Les contours du gameplay, difficiles à cerner au départ, s'assimilent avec plaisir au fil de flash-backs enluminés d'un travail sonore d'orfèvre. Bruitages, orchestrations dramatiques et doublages so british immergent dans un monde monochrome et pointilliste. Exit le pixel art de Papers, Please: les ponts de l'Obra Dinn se drapent d'un filtre visuel de PC de la fin des années 80 (plusieurs bécanes sont proposées). Plaqué sur sa 3D contemporaine, ce filtre dépayse. L'Obra Dinn: probablement le seul navire au monde qui voyage sans hisser les voiles.