La Direction d'acteur
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La Direction d'acteur Ouvrage collectif, coordonné par Frédéric Sojcher, éditions Les Impressions nouvelles. 368 pages. 8 Vers la fin des années 60, Jean Renoir exprima sa vision du travail avec les comédiens dans un intéressant documentaire. La Direction d'acteur par Jean Renoir, réalisé par Gisèle Braunberger, était le pilote d'une série qui n'allait jamais voir le jour. Le sujet évoqué méritait pourtant une exploration, tant les rapports entre réalisateur et acteur restent chose cruciale et appréhendée de manières on ne peut plus différentes, de ceux qui les résument d'un bref et définitif "casting IS directing" (la direction d'acteur, c'est choisir l'interprète avec justesse, le reste allant dès lors de soi) aux émules d'un Maurice Pialat poussant ses comédiens dans leurs derniers retranchements pour obtenir d'eux une vérité enfouie. Vaste question, donc, qu'un épais volume vient aujourd'hui creuser. Frédéric Sojcher y coordonne les prises de paroles de cinéastes concernés et aussi différents que Bruno Dumont, Youssef Chahine, Patrice Chéreau, Stéphane Brizé, Olivier Assayas, Michel Deville, Cédric Klapisch et Claude Lelouch (entre autres). Dans son introduction, le réalisateur et enseignant belge évoque ce moment précieux où à la fin d'une prise, le regard de l'acteur, cherche celui du réalisateur pour "savoir" (s'il a été bon, s'il doit recommencer la prise, différemment peut-être). Un instant crucial, que certains réalisateurs refusent aujourd'hui, trop occupés qu'ils sont à regarder le "combo", ce moniteur tellement accaparant qu'on en oublie de regarder la scène en réel... Cet échange de regards espéré prouve bien l'existence de ce lien qu'on appelle -faute de mieux- la direction d'acteur, malgré le côté administratif d'un terme venu du vocabulaire anglais où metteur en scène se dit "director"... Renoir, se réclamant de Michel Simon et de la "méthode à l'italienne", préconisait de partir d'une lecture neutre du texte ("comme on lirait l'annuaire téléphonique") pour ensuite et progressivement "laisser s'ouvrir l'esprit, le coeur, les sens" jusqu'à "l'étincelle qui fait qu'on a le personnage". Les points de vue réunis et parfois confrontés dans le livre s'en rapprochent ou parfois s'en éloignent spectaculairement. Mais toujours ou presque revient l'idée d'un rapport essentiel, concret, dépassant le théorique pour atteindre une réalité, celle du rôle mais aussi et surtout celle du film. Que cela soit dans une proximité complice comme chez Klapisch ou dans une distance non moins fertile comme chez un Bruno Dumont privilégiant le travail avec des non-professionnels. Destiné autant au cinéphile curieux qu'aux étudiants et aux principaux intéressés (cinéastes, comédiens), l'ouvrage en est à sa troisième édition, bien sûr revue et augmentée. Avec notamment quelques réflexions utiles sur le contexte financier, le caractère "bankable" de tel ou telle et les liens par moments pesants entre casting et financement. Ou encore sur la poursuite de la direction d'acteur... en l'absence de celui-ci, dans la salle de montage. Louis Danvers