A la vision de A Dangerous Method, on ne remarque d'abord qu'elle, Keira Knightley, les traits déformés par l'hystérie qui la ronge. "L'idée était que ce soit choquant. Non pas parce qu'il s'agissait de moi, mais vu ce qui se passe en elle. C'était un tel tourment, et un tel combat: j'ai voulu en donner une interprétation aussi extrême que possible, sans être pour autant complètement dans l'excès", sourit-elle, alors qu'elle reçoit quelques journalistes dans une paisible villa du Lido. Sabina Spielrein, le personnage qu'elle campe dans le nouveau film de David Cronenberg, marque assurément un cap dans le parcours de Miss Knightley. Et pas seulement parce qu'elle y malmène une beauté qu'elle a promenée, avec un égal bonheur, de drames historiques faç...

A la vision de A Dangerous Method, on ne remarque d'abord qu'elle, Keira Knightley, les traits déformés par l'hystérie qui la ronge. "L'idée était que ce soit choquant. Non pas parce qu'il s'agissait de moi, mais vu ce qui se passe en elle. C'était un tel tourment, et un tel combat: j'ai voulu en donner une interprétation aussi extrême que possible, sans être pour autant complètement dans l'excès", sourit-elle, alors qu'elle reçoit quelques journalistes dans une paisible villa du Lido. Sabina Spielrein, le personnage qu'elle campe dans le nouveau film de David Cronenberg, marque assurément un cap dans le parcours de Miss Knightley. Et pas seulement parce qu'elle y malmène une beauté qu'elle a promenée, avec un égal bonheur, de drames historiques façon Atonement, Pride and Prejudice ou The Duchess, en d'autres, contemporains ceux-là, comme Last Night ou Never Let Me Go. Sans même parler, bien sûr, de Pirates of the Caribbean, dont les 3 premiers volets ont transformé l'essai de Bend It Like Beckham, faisant précocement de l'actrice britannique une star -elle avait 17 ans à peine à l'époque de The Curse of the Black Pearl. Autant dire aussi que l'hystérie, médiatique s'entend, elle connaît. Ce qu'elle accepte avec d'autant plus de philosophie que la fièvre semble aujourd'hui quelque peu retombée: "Le rôle d'Elizabeth Swann a tout simplement fait ma carrière. C'est grâce àPirates que je peux désormais tourner des films comme celui-ci, et j'en suis profondément reconnaissante." De Sabina Spielrein, pionnière quelque peu oubliée de la psychanalyse, Keira Knightley confesse qu'elle ignorait à peu près tout lorsqu'elle reçut le scénario inspiré d'une pièce de Christopher Hampton. Et d'embarquer pour un voyage dans l'inconnu: "Souvent, quand on choisit un rôle, il y a des fils qui vous relient à cette personne. Même sans avoir vécu une expérience similaire, on se dit que l'on pourra prendre l'un ou l'autre élément en soi, et comprendre l'une ou l'autre disposition d'esprit du personnage. Sabina m'était pour sa part totalement étrangère, je n'avais aucun cadre de référence. Il m'a fallu trouver un moyen pour pouvoir appréhender le monde de son point de vue." A cet effet, l'actrice se lance dans une recherche assidue, dévorant la littérature spécialisée, rencontrant des analystes et s'informant sur cette hystérie qu'elle allait avoir à incarner à l'écran. "Dans son journal, Sabina Spielrein écrit qu'elle se voyait comme un démon ou un chien. Cet élément ne figurait pas dans le scénario, mais cela m'a paru essentiel -c'est donc ce que j'ai voulu refléter." Et de s'en remettre à Cronenberg, s'agissant de savoir comment ne pas aller trop loin, tout en intégrant une autre dimension: "Nous avons beaucoup travaillé sur les moments où elle est sur le point de rompre, mais où elle conserve le contrôle: si elle arrivait à fonctionner dans la société, et qu'elle était intellectuellement brillante, elle luttait aussi constamment pour garder la raison..."La prestation qui en découle imprègne l'écran d'un trouble profond, toute en modulations subtiles venues composer un personnage en constante transformation. De quoi, aussi, conforter Keira Knightley dans sa perception du métier d'actrice: "Je trouve l'exploration de la condition humaine fascinante, poursuit-elle. L'être humain est fragile, et peut se briser facilement. Je peux me tromper, mais j'ai le sentiment qu'au bout de chaque émotion est tapie la folie. Nos débordements nous amènent à la côtoyer, et je me demande comment nous arrivons à garder cela sous contrôle, si tel est d'ailleurs le cas. L'art et la littérature sont là pour nous aider à essayer de comprendre, et à assouvir notre quête de sens. Et cela vaut aussi pour les personnages que j'interprète. Sans trouver pour autant: c'est une question éternelle, à laquelle il n'y aura sans doute jamais de réponse, mais la quête en elle-même me semble intéressante." Et comment... RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À VENISE