Il resterait aujourd'hui (merci Wikipédia) environ 200 geishas au Japon, toutes concentrées dans un quartier chic de Tokyo. Mais il y a moins d'un siècle, elles étaient encore des dizaines de milliers, disséminées dans le pays, un Japon encore traditionnel accroché à ses valeurs et ses coutumes, à la fois d'un extrême raffinement et d'une dureté sans nom. C'est ce mélange de beauté pure et de réalité sordide qui est au coeur du double album des deux Christian -Perrissin au scénario, Durieux au dessin- et de la destinée de Setsuko Tsuda, dite Kitsu...

Il resterait aujourd'hui (merci Wikipédia) environ 200 geishas au Japon, toutes concentrées dans un quartier chic de Tokyo. Mais il y a moins d'un siècle, elles étaient encore des dizaines de milliers, disséminées dans le pays, un Japon encore traditionnel accroché à ses valeurs et ses coutumes, à la fois d'un extrême raffinement et d'une dureté sans nom. C'est ce mélange de beauté pure et de réalité sordide qui est au coeur du double album des deux Christian -Perrissin au scénario, Durieux au dessin- et de la destinée de Setsuko Tsuda, dite Kitsune la Renarde, leur personnage principal: une enfant vendue par ses parents en 1912 à une "okiya" du quartier des plaisirs, et qui s'arrachera de sa vie de geisha grâce à son instrument à trois cordes (un shamisen) et un besoin d'émancipation marquant, autant que le tremblement de terre de 1923, la fin d'un monde et de ses coutumes ancestrales. Un monde plein d'élégance et de subtilité que les dessins en bichromie du décidément étonnant Christian Durieux viennent sublimer: rarement fond et forme avaient vibré autant sur la même corde. Celle d'un shamisen. " Il n'y a rien de plus beau qu'une femme nue", s'exclame, dans ce tome 2, un "invité" de Setsuko la geisha. " Excepté une femme dans un kimono Matsuzakaya", répond celle-ci, toujours avec douceur. De fait: on ne peut qu'être d'accord avec elle à la lecture de Geisha, tant les auteurs y évitent toutes les facilités racoleuses que pouvaient laisser planer le titre et le sujet de leur formidable diptyque. Toute vulgarité est proscrite de ce récit à la beauté plastique à la hauteur des us de l'époque et du lieu. Et de leur personnage principal d'une formidable humanité, à la charnière de deux époques. Sans rien dévoiler de son histoire qui s'achève donc ici, Testuko s'avère bien plus bouleversante que sulfureuse. " Dans la solitude de ma vie simple, j'ai appris à savourer le goût amer de la liberté", déclare-t-elle. Car si le premier tome tenait du récit d'initiation, parfois alourdi par les besoins d'explications des termes propres aux geishas et au Japon traditionnel, ce deuxième et dernier volet tient lui du pur récit d'émancipation, plus fluide mais pas moins dramatique, Tetsuko s'extrayant de sa condition en en payant le prix. Le belge Christian Durieux, lui, clôt en beauté cette parenthèse enchantée, avant de changer une fois encore de repères et de techniques -on l'attend désormais sur un nouveau Spirou. À noter encore, peut-être surtout, que ses formidables planches épurées sont à voir pendant quelques semaines au Centre Belge de la Bande Dessinée.