DE JOSE BOURGAREL
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DE JOSE BOURGARELIl était temps de remettre l'église au milieu du village. Les écolos de la première heure (et même les nouveaux sincères) -pas les surfeurs de vagues porteuses- verront d'ailleurs cette enquête d'un £il à la fois soulagé et révolté: depuis que le concept de développement durable joue les envahisseurs mainstream, le cynisme avec lequel le monde industriel, singulièrement au sein de ses entités les plus polluantes, s'est emparé du raz-de-marée vert a de quoi provoquer des poussées d'urticaire. On ne s'embarrasse pas, chez certains grands groupes, du plus léger souci de cohérence ou d'honnêteté publicitaire. Ce phénomène de "greenwashing" -l'éco-blanchiment, laver plus vert que vert par le marketing-, José Bourgarel s'en empare pour en décortiquer les nauséabonds mécanismes. Ou quand un aéroport en développement, à peine sorti d'une coupe claire dans une forêt avoisinante pour exister, s'offre comme enseigne une jolie feuille d'arbre sur laquelle s'imprime le slogan "Plus tranquille. Plus vite. Moins cher. Un autre ciel est possible." Forcément qu'un autre ciel est possible, mais pas tant que des armées d'avions déverseront dans ses entrailles, jour après jour, des centaines de milliers de tonnes de kérosène. Ah, mais oui, on oubliait: l'aéroport a placé des poubelles "spéciales triage" à l'extérieur, entre autres avancées si mineures qu'elles sont évidemment éclipsées par son activité principale. C'est d'ailleurs le ressort général de l'exercice auquel se livre le journaliste: démontrer que, malgré une communication incisive sur leurs technologies vertes, la plupart des grands groupes gardent un arsenal écologique insignifiant dans le lot bien moins propre de leur core business. Il en est ainsi de Total, d'EDF ou bien évidemment des constructeurs automobiles: certains vont jusqu'à profiter de l'absence d'expertise de leurs clients pour afficher fièrement des chiffres d'émissions de CO2... plus élevés que les normes européennes. Sans parler, bien entendu, des questions liées aux particules fines rejetées dans l'atmosphère par les moteurs diesel. Ce grand reportage, appuyé notamment sur des associations d'activistes écologistes, mais tendant également le micro vers les groupes incriminés, se laisse regarder comme une enquête pêchue de plus, absolument salutaire. Guy Verstraeten