Dans l'Histoire criminelle américaine, Ellsworth "Bumpy" Johnson (1905-1968) incarne le chaînon entre la pègre italienne et les dealers blacks de Harlem. Le parcours de cette figure du parrain afro-américain est aussi intimement lié à l'affirmation du mouvement des droits civiques dans sa part la plus sombre et la plus ambiguë. La première saison de cette série Epix datant de 2019 (la deuxième sa...

Dans l'Histoire criminelle américaine, Ellsworth "Bumpy" Johnson (1905-1968) incarne le chaînon entre la pègre italienne et les dealers blacks de Harlem. Le parcours de cette figure du parrain afro-américain est aussi intimement lié à l'affirmation du mouvement des droits civiques dans sa part la plus sombre et la plus ambiguë. La première saison de cette série Epix datant de 2019 (la deuxième saison vient de démarrer aux États-Unis) cueille le personnage en 1963 à sa sortie de la prison d'Alcatraz, après y avoir passé onze ans pour trafic de stupéfiants. De retour dans le royaume de Harlem sur lequel il régnait, il retrouve femme, enfant et tout un marché de l'héroïne qui a prospéré sans lui et sur lequel règne, dans l'ombre des "cinq familles", Vincent "The Chin" Gigante (Vincent d'Onofrio). Entre accords conclus dans les arrière-salles de restaurant et gorges tranchées au rasoir, on ne cesse de frôler la guerre ouverte alimentée par les trahisons, les démons du passé et une romance à la Roméo et Juliette. Mais les showrunners affûtés que sont Chris Brancato et Paul Eckstein ( Narcos) font de cette guerre des gangs une chambre d'écho de l'Histoire américaine plus large, racisme institutionnel et crise sociale inclus: la marche sur Washington emmenée par Martin Luther King Jr. ou l'assassinat de Kennedy, entre autres, viennent contextualiser la dérive de Bumpy Johnson (Forest Whitaker tantôt placide, tantôt explosif) et son amitié avec Malcolm X (impeccable Nigél Thatch) alors que ce dernier commence à percevoir les limites de Nation of Islam, l'organisation politico-religieuse l'ayant vu éclore. L'évocation, rythmée de jazz et de hip-hop, gagne en intensité au fil de ces dix premiers épisodes par l'affirmation politique, encore timide pour Bumpy, des personnages, mais aussi leurs dilemmes entre intérêt personnel et grande cause.