Si, comme le veut un proverbe malgache, les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés, c'est en lui consacrant des disques que Phil Elverum maintient en vie son épouse, la mère de son enfant, décédée le 9 juillet 2016 des suites d'un cancer du pancréas. Ce jour-là, en rendant son dernier souffle, la bédéiste et artiste pluridisciplinaire canadienne Geneviève Castrée (elle a aussi sorti des disques sous le nom de Woelv et de Ô Paon) laissait le songwriter américain seul avec sa détresse et sa fille en bas âge. Se repenser. Faire sans. Faire avec. Avec l'absence...

Si, comme le veut un proverbe malgache, les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés, c'est en lui consacrant des disques que Phil Elverum maintient en vie son épouse, la mère de son enfant, décédée le 9 juillet 2016 des suites d'un cancer du pancréas. Ce jour-là, en rendant son dernier souffle, la bédéiste et artiste pluridisciplinaire canadienne Geneviève Castrée (elle a aussi sorti des disques sous le nom de Woelv et de Ô Paon) laissait le songwriter américain seul avec sa détresse et sa fille en bas âge. Se repenser. Faire sans. Faire avec. Avec l'absence. Avec l'absente. Il y a un an quasiment jour pour jour, Elverum sortait A Crow Looked at Me. Un album dépouillé et déchirant adressé à la disparue. En onze chansons, plus parlées que chantées, il lui racontait le deuil, la vie, le vide dans une terrible et belle simplicité. Ce disque à faire chialer les cailloux, Now Only en est le petit frère, la petite soeur, la suite logique et le prolongement désarmant. " I sing to you, Geneviève." Les premiers mots qui s'échappent du disque plantent le décor. Certains font des séances de spiritisme pour parler aux morts, Elverum fait des albums. Des grandes chansons intimes et minimalistes qui avoisinent parfois les dix minutes. Monologues par obligation où se mêlent de digressions en digressions les impressions et les souvenirs. Tintin in Tibet, un clin d'oeil à Hergé et au petit reporter dont Geneviève était fan, raconte leur rencontre. Le début de leur relation. "Le deuxième cadavre que j'ai vu était le tien. Quand je t'ai regardée passer de la vie à la mort juste ici dans notre maison", chante-t-il sur Distortion. On ne peut s'empêcher de penser à Mark "Sun Kil Moon" Kozelek et à son album Benji. Mais rarement la tristesse et le deuil ont pu s'exprimer avec autant de force et d'émotion qu'ils se le permettent sur les deux derniers Mount Eerie. Phil dit parler de Geneviève tout le temps et avoir accroché des photos dans la maison pour se surprendre et se faire pleurer. Il lui raconte un festival, sa fin de soirée avec Weyes Blood et Father John Misty et évoque ce qu'il a fait de ses cendres. Quand il ne s'abandonne pas à décrire de petites scènes dans un fourmillement de détails qui rendent la détresse encore plus humaine et palpable, Elverum se perd dans ses noires pensées. "People get cancer and die. People get hit by trucks and die. People just living their lives get erased for no reason with the rest of us watching from the side. And some people have to survive. And find a way to feel lucky to still be alive." ( Now Only) Ça ressemble à de la torture par moments et on se demande quand Mount Eerie parviendra dans sa musique à surmonter ce cruel chagrin. Mais on écoute ces six nouvelles chansons comme on tourne les pages d'un journal intime qu'un ami aurait décidé de partager pour se soulager. Plein d'empathie et comme lui dévasté.