Oh les beaux jours!
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Oh les beaux jours! Une exposition à travers la ville de Louvain-la-Neuve. Jusqu'au 10/12. 9 À nos yeux, Louvain-la-Neuve n'a pas grand-chose pour elle. Froide et battue par les vents, elle est cet agrégat déprimant de béton surgi du néant. On savait pourtant que depuis 2013, il était possible de jeter un autre regard sur la cité étudiante. à l'époque, la ville a défrayé la chronique à la faveur d'une biennale axée sur la thématique des "revers du monde". Quatre ans plus tard, notre perception de ce périmètre a totalement changé. En cause, Oh les beaux jours!, un parcours déployé dans l'espace public dont on doit le commissariat à Angel Vergara et Joël Benzakin. Deux axes fort traversent l'événement. Pour une esthétique des moyens disponibles: le sous-titre permet de prendre la mesure critique du propos, qui entend en premier lieu rappeler que "l'art est avant tout un geste en pure perte, une dépense non quantifiable". à travers les réalisations d'une septantaine d'artistes, l'ambition est de montrer que la création vivante n'appartient pas seulement au marché et qu'il n'y a pas de raison pour que l'art contemporain soit confisqué par l'industrie du luxe. L'autre pilier de cette véritable "plateforme d'expérimentation" consiste à se pencher sur le concept, chers aux artistes d'aujourd'hui, "d'anthropocène", cette angoissante période qui a débuté lorsque les activités humaines ont commencé à laisser une empreinte sur l'ensemble de la planète. Une sorte d'état des lieux, en forme de prise de conscience répétée, pour que les "beaux jours" ne se transforment pas en "fin de partie". "L'espace public est pollué par des incitations à détruire la planète", commente Vincent Geens, directeur du Centre culturel d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, à qui l'on doit l'initiative. Plutôt que d'imposer verticalement une vision du monde, Oh les beaux jours! s'est construit dans le dialogue avec les usagers louvanistes et des milliers d'heures de conversation ont précédé son montage. Articulée autour du coeur historique, la manifestation se découvre librement un plan à la main -et un oeil sur le smartphone pour glaner les notes d'intention sur le site ad hoc. Extrêmement généreuse, elle se caractérise par un foisonnement propice à générer de la matière grise. On en reçoit la preuve dès l'agora susmentionnée, où un écran géant fait défiler des vidéos en boucle d'Ann Veronica Janssens, David Claerbout ou encore du duo Simona Denicolai & Ivo Provoost. L'ensemble du tracé emmène au fil de la place Sainte-Barbe, la place du Levant et les serres de la Faculté des bio-ingénieurs. La rétine imprime une foule d'oeuvres dont l'évocation ne tiendrait pas sur cette page. Parmi les plus marquantes, on enregistre une redoutable Remodélisation des montagnes signée par Igor Antic. Soit une pyramide constituée de 200 000 chewing-gums, déchets parmi les plus grossiers qui soient, que le plasticien considère comme une métaphore des non-dits. Tonitruante, l'oeuvre dégage une forte odeur qui, joli paradoxe, attire les abeilles. D'autres oeuvres agitent des ficelles plus poétiques. On pense notamment à la Forêt Fantôme de Sophie Whettnall, qui convoque l'ombre des arbres déracinés pour construire le site universitaire, ou aux échelles géolocalisées de Christophe Terlinden, invitant à prendre de la hauteur ou à jouer les Diogène. Il y a aussi Michel Mouffe et ses bouleversantes Larmes de Saint Pierre, une toile sur laquelle la matière pleure. Sans oublier Michel François, qui donne à voir un sinistre et apocalyptique théâtre végétal sous la forme de plants de maïs grelottants dans des pots. La nature bientôt? www.biennale9.be MICHEL VERLINDEN