" (...) et des mots faire des images": tel est, de l'aveu même d'Anne Desobry, le fil rouge qui traverse une cinquantaine d'oeuvres récentes exposées dans le cadre du Salon d'Art. À 49 ans, c'est la septième fois que cette ancienne élève de l'artiste Camille de Taeye est accrochée dans l'antre du coiffeur-galeriste Jean Marchetti. Pour ce dernier, l'évolution est nette: au traitement frontal, voire brutal, des débuts ont s...

" (...) et des mots faire des images": tel est, de l'aveu même d'Anne Desobry, le fil rouge qui traverse une cinquantaine d'oeuvres récentes exposées dans le cadre du Salon d'Art. À 49 ans, c'est la septième fois que cette ancienne élève de l'artiste Camille de Taeye est accrochée dans l'antre du coiffeur-galeriste Jean Marchetti. Pour ce dernier, l'évolution est nette: au traitement frontal, voire brutal, des débuts ont succédé la retenue, la délicatesse. En témoignent une série d'huiles sur bois, sur toile et une poignée de dessins remarquables. On ne connaît pas -et d'ailleurs on ne veut pas connaître- le texte caché derrière l'iconographie mais on le pressent. Il est question vraisemblablement de rapports de domination, de couverture médiatique, de politique du bulldozer, de reconduites, de contraintes par corps, de pavés, d'architectures, de nouveaux fantômes, de démocratie pour tous... Autant de sujets périlleux, à l'actualité brûlante, sur lesquels est déposé un voile de pudeur. En plus de la palette étouffée que l'on identifie rapidement -des noirs, des gris, des bruns, des beiges... parfois rehaussés-, c'est l'économie de moyens qui caractérise le travail de Desobry que l'on loue. "Faire un tableau avec rien" apparaît ici comme un horizon polarisant sa pratique. " Souvenez-vous du dernier autoportrait du Titien. Il l'a peint avec rien, un peu de noir, et il arrive à l'essentiel", écrivait le peintre Zoran Mu?ic?. C'est à cela que l'on pense devant le corps de cet enfant étendu que l'on voudrait croire endormi. La silhouette rythme l'accrochage, revient avec insistance se rappeler à notre "oublieuse mémoire". Cet "horriblement beau" relève de la catégorie de sujets vers laquelle on est toujours ramené. C'est aussi un groupe de dessins qui magnétise le regard. Très justement intitulés Zone grise, ils arpentent ces territoires flous, ni blancs, ni noirs, soumis à un processus de "ruination", selon le mot de l'architecte Léopold Lambert. Une forme de vanité contemporaine.