On a beau être rompu, à force, aux rouages de la machine promotionnelle hollywoodienne, rencontrer un acteur ou un cinéaste sans avoir eu l'occasion de voir plus de quelques images d'un film reste un exercice pour le moins particulier, que l'on soit de l'un ou l'autre côté du micro, d'ailleurs. Pour le coup, c'est Francis Lawrence, réalisateur de Catching Fire, le deuxième volet de la franchise Hunger Games, qui s'y colle. Et le bonhomme, quoiqu'on ne la lui fasse plus (son parcours est pavé de grosses productions de studios comme I'm Legend ou Water for Elephants), ne cache pas le sentiment étrange qui l'assaille, alors qu'on le retrouve pour un tête-à-tête dans un salon cossu du Majestic, à Cannes: "C'est bizarre, sourit-il. J'ai l'impression de participer à la tournée de junkets internationaux qui accompagnent la sortie d'un film, sauf que cette fois, le film n'est pas encore terminé..." Et d'expliquer en être encore à la phase du montage.
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On a beau être rompu, à force, aux rouages de la machine promotionnelle hollywoodienne, rencontrer un acteur ou un cinéaste sans avoir eu l'occasion de voir plus de quelques images d'un film reste un exercice pour le moins particulier, que l'on soit de l'un ou l'autre côté du micro, d'ailleurs. Pour le coup, c'est Francis Lawrence, réalisateur de Catching Fire, le deuxième volet de la franchise Hunger Games, qui s'y colle. Et le bonhomme, quoiqu'on ne la lui fasse plus (son parcours est pavé de grosses productions de studios comme I'm Legend ou Water for Elephants), ne cache pas le sentiment étrange qui l'assaille, alors qu'on le retrouve pour un tête-à-tête dans un salon cossu du Majestic, à Cannes: "C'est bizarre, sourit-il. J'ai l'impression de participer à la tournée de junkets internationaux qui accompagnent la sortie d'un film, sauf que cette fois, le film n'est pas encore terminé..." Et d'expliquer en être encore à la phase du montage. Mais soit, les producteurs ont voulu capitaliser sur la caisse de résonance cannoise pour lancer le film, et Lawrence se révèle un interlocuteur charmant, retraçant bien volontiers l'aventure de L'embrasement -le titre français de ce deuxième opus-, qui le voit succéder à Gary Ross dans le siège du réalisateur... "Tout s'est passé très vite, explique-t-il. J'avais lu que Gary Ross avait quitté la franchise, et quelques jours plus tard, mon agent m'a appelé pour m'apprendre que la production pensait à moi pour réaliser les épisodes suivants. J'avais beaucoup aimé les livres, et je les ai relus en un week-end, avant de rencontrer Nina Jacobson, la productrice, le mardi, et les représentants de Lionsgate le jeudi. L'après-midi même, j'avais le job. Le tout n'a pas pris plus d'une semaine..." Restait encore au réalisateur à trouver ses marques dans un univers que son prédécesseur avait généreusement défriché, avec le succès que l'on sait qui plus est. "L'une des premières choses que j'ai faites, une fois le contrat signé, c'est de prendre l'avion pour New York afin de rencontrer Suzanne Collins (l'auteure des romans dont est inspirée la saga, ndlr). Nous avons passé trois jours à travailler sur l'histoire, et à aborder The Hunger Games sous toutes ses facettes. J'ai appris tout ce qu'il était possible d'apprendre." Si le choix de Lawrence n'est qu'une demi-surprise, à vrai dire, c'est notamment parce que, familier des productions de grande ampleur, il a toujours veillé à privilégier leur dimension humaine. Une qualité que l'on retrouve assurément dans The Hunger Games qui, pour décliner action et artifices, n'en sacrifie pas pour autant sa densité aux effets spéciaux. Le réalisateur ne dit d'ailleurs rien d'autre, lorsqu'il évoque le travail accompli sur ce deuxième épisode: "Un des éléments dont je suis vraiment satisfait, c'est que l'action y découle de manière organique de l'histoire. L'action est bien sûr indissociable de l'arène, mais elle participe aussi bien de l'histoire que des personnages ou de leurs émotions. Nous avons veillé à ne pas nous en tenir à l'apparat qui caractérise généralement les scènes d'action: toutes ces séquences ont un apport émotionnel et narratif spécifique." De même, Lawrence explique-t-il encore s'être employé à étoffer le cadre dans lequel se déploie le film, et notamment les douze districts et le Capitole qui composent l'univers de Panem: "Je voulais que l'on ait un sens plus aiguisé de l'endroit dans lequel on évolue, mais aussi que les différents lieux soient envisagés avec plus de détails et une sophistication accrue. Sans modifier l'univers, je l'ai approché de manière nouvelle sur le plan visuel..." De quoi, notamment, rendre plus palpable le background de Katniss Evergreen, incarnation, corps et âme, de la saga. On peut d'ailleurs, sans forcer le trait, affirmer que la réussite de The Hunger Games doit aussi à la personnalité de son actrice principale, Jennifer Lawrence. La franchise le lui a bien rendu, qui l'a définitivement consacrée star, après qu'on l'avait découverte dans le formidable Winter's Bone. Lawrence, le réalisateur, confesse avoir été bluffé par son homonyme -"Elle est incroyable à observer, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup d'actrices, et pas seulement de son âge, avec de telles qualités", dit-il. De fait, le mélange de détermination, de fragilité et de charisme qui l'anime sert idéalement un personnage porteur: "Ce qui fait de Katniss une icône, c'est qu'elle a l'air réelle. Elle ne semble pas se préoccuper de choses triviales, mais bien de choses essentielles, instinctives et viscérales, qui touchent à sa propre survie, à celle de sa famille ou des gens qu'elle aime. Ce qui en fait une héroïne beaucoup plus crédible, fédératrice et intéressante qu'un personnage qui émergerait, d'un coup de baguette magique, pour être prêt au combat." A la suite de la jeune femme, le spectateur s'aventure dans un univers post-apocalyptique. S'il y a là une figure assurément dans l'air du temps, Francis Lawrence semble en avoir fait son sujet de prédilection, qui en déclinait déjà une variante dans I'm Legend, fable philosophique inspirée de Richard Matheson où Will Smith était le seul être humain survivant dans un New York dévasté. "Ces films ont quelque chose à nous dire, soupèse-t-il. Un des éléments qui m'intéressait, lorsque j'ai tourné I'm Legend, tenait au fait que, une fois la civilisation arrivée à son terme, le monde y devenait, curieusement, plus beau. La nature commençait à repousser et le ciel à s'éclaircir, contrairement à ces films où tout n'est que cendres et noirceur. Ce n'était pas tant la notion d'univers post-apocalyptique qui importait, que le fait de lui trouver un sens. Suzanne Collins a, pour sa part, érigé un monde composé de districts réprimés et soumis autour d'un Capitole ultra-privilégié. Le fait de mettre ce monde en place et d'arriver à comprendre à quoi il ressemble prend de l'importance, parce que cela fait écho à beaucoup de choses auxquelles nous commençons à réfléchir aujourd'hui, que l'on songe aux 99 % aux Etats-Unis, ou à ce que ressentent beaucoup de gens." De là à considérer le titre de ce nouvel opus comme programmatique, il y a toutefois un pas...RENCONTRE Jean-François Pluijgers, À Cannes