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En matière de classification genrée -pour employer un mot un rien horripilant-, ce projet de l'Américaine Haley Fohr (1988) est d'une incongruité garantie. Après une demi-douzaine d'albums parus depuis Symphone en 2008, soumise comme tout le monde au lockdown, Miss Circuit s'est laissée entraîn...

En matière de classification genrée -pour employer un mot un rien horripilant-, ce projet de l'Américaine Haley Fohr (1988) est d'une incongruité garantie. Après une demi-douzaine d'albums parus depuis Symphone en 2008, soumise comme tout le monde au lockdown, Miss Circuit s'est laissée entraîner dans une fascination pour les trous noirs. Pour rappel, masses tellement concentrées qu'elles ne cessent, du fait de leur propre gravitation, de s'effondrer sur elles-mêmes. Fohr s'est donc mis en tête que cette attirance pour l'auto-vide n'était qu'une métaphore supplémentaire de la mort, qu'elle fréquente lorsque disparaît un de ses proches. Au-delà du spleen de la morbidité, la trentenaire de Chicago livre un album fruité, semant les questions, multipliant les indices musicaux, changeant de styles avoués. Ainsi, après la courte ouverture instrumentale, Vanishing impose le véritable mode musical de l'album, un croisement entre des vocalises parfois proches de l'opéra (voire de Bowie) et un plantureux orchestre de 23 cordes, cuivres et autres. Cela sonne éventuellement comme le Depeche Mode des années 80-90 ( Dogma), mais toujours avec davantage de personnalité propre que de mimétisme. Caressant aussi une forme d'intimité qui emmène l'auditeur dans ses propres tourments ( The Chase) et plaisirs mystérieux ( Sculpting the Exodus). Dix morceaux à piocher jusqu'au dénouement final, l'émouvant Oracle Song, traitant du trauma adolescent .