Alléluia
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Alléluia DE FABRICE DU WELZ. AVEC LOLA DUEÑAS, LAURENT LUCAS, HELENA NOGUERRA. 1 H 32. DIST: TWIN PICS. 7 Cold in July DE JIM MICKLE. AVEC MICHAEL C. HALL, SAM SHEPARD. 1 H 50. DIST: UNIVERSAL. 6 Home Sweet Hell D'ANTHONY BURNS. AVEC KATHERINE HEIGL, PATRICK WILSON. 1 H 38. DIST: SONY. 5 Dans la triplette de galettes saignantes à poindre ces jours-ci, honneur au local de l'étape, qui est aussi celui qui s'avance avec la proposition de cinéma la plus forte. Quelques mois à peine après l'embarrassant Colt 45, le Belge Fabrice du Welz renoue en effet avec sa meilleure inspiration pour Alléluia. Comme le Honeymoon Killers de Leonard Kastle (1969), le Carmin profond d'Arturo Ripstein (1996) voire même le Sightseers de Ben Wheatley (2012) avant lui, le film s'inspire très librement de l'équipée criminelle de Raymond Fernandez et Martha Beck, les fameux "Tueurs aux petites annonces", que la passion, fervente, conduira au-delà du bien et du mal. Si la symbolique religieuse est un peu appuyée -l'héroïne s'appelle Gloria, le club où elle retrouve son amant Faith...-, Fabrice du Welz n'en réussit pas moins à emmener ponctuellement son drame criminel vers quelque territoire équivoque et secret, quasi mystique -une très belle scène de transe autour du feu-, pour ne pas dire carrément inédit -ce passage chanté aux allures de comédie musicale délicieusement macabre. Le film, bien sale, bien poisseux, s'accompagne de surcroît de scènes coupées, d'une interview de Helena Noguerra, d'une visite de plateau et même du court métrage Quand on est amoureux c'est merveilleux, réalisé par du Welz en 1999. Solide, donc. De Jim Mickle (Mulberry Street, Stake Land), éternel rookie de la série B ricaine, on attend toujours le vrai bon film à même de le faire passer dans la cour des grands. Dans la foulée du cannibale We Are What We Are, il se fend avec Cold in July d'un thriller juteux où un père de famille texan peu dégourdi à la coupe de cheveux à peine digne d'un vieux joueur de la Mannschaft (Michael C. Hall de Dexter, à contre-emploi) est entraîné bien malgré lui dans une spirale infernale de violence. Ouvert sur une mort accidentelle, le film se referme sur une fusillade façon règlement de comptes à O.K. Corral. Pas du grand cinéma, certes, mais un honnête petit film de genre, efficace, bien ficelé, voire carrément stylé dans ses meilleurs moments. Même si pas toujours à l'abri de certains clichés. Quelques scènes coupées en guise de supplément. Plus anecdotique, enfin, Home Sweet Hell fantasme Katherine Heigl en mère de famille obsédée jusqu'à la psychopathie par le contrôle et la réussite, laquelle rappelle de loin la Kathleen Turner passablement irritable de Serial Mom (1994). Enième tentative de lézardage en règle du parfait petit bonheur familial à l'américaine par le biais de l'humour acide, cette comédie noire largement surjouée lorgne d'ailleurs dans son ensemble le cinéma de John Waters. Plus grotesque que bizarre, plus hystérique qu'irrévérencieux, le résultat, récit foutraque d'une arnaque foireuse qui vire au bain de sang, peine ceci dit à dépasser le statut peu enviable d'anecdote filmique pour bac à soldes Media Markt. Scènes coupées et suppléments gadgets en bonus. NICOLAS CLÉMENT