A en juger par la direction que prend son nouveau film, Jacques Maillot ne nage pas dans l'optimisme face à la crise économique et à ses conséquences sur la vie des gens. Sa chronique d'une faillite annoncée dans La Mer à boire vient rejoindre le sublime Une vie meilleure de Cédric Kahn au rang des drames sociaux marquant ce début d'année cinématographique... et aussi électorale en France. Le réalisateur diplômé d'études politiques à Lyon, venu au cinéma en effectuant son service d'objecteur de conscience à la Cinémathèque française, a pris pour point de départ de son nouveau film le souvenir du Mado de Claude Sautet, où Michel Piccoli incarnait un promoteur immobilier acculé à la faillite. " Trente-cinq ans ont passé depuis ce film mais un personnage de petit patron, plutô...

A en juger par la direction que prend son nouveau film, Jacques Maillot ne nage pas dans l'optimisme face à la crise économique et à ses conséquences sur la vie des gens. Sa chronique d'une faillite annoncée dans La Mer à boire vient rejoindre le sublime Une vie meilleure de Cédric Kahn au rang des drames sociaux marquant ce début d'année cinématographique... et aussi électorale en France. Le réalisateur diplômé d'études politiques à Lyon, venu au cinéma en effectuant son service d'objecteur de conscience à la Cinémathèque française, a pris pour point de départ de son nouveau film le souvenir du Mado de Claude Sautet, où Michel Piccoli incarnait un promoteur immobilier acculé à la faillite. " Trente-cinq ans ont passé depuis ce film mais un personnage de petit patron, plutôt rare au cinéma, n'en est pas moins passionnant aujourd'hui, surtout quand il est comme en bout de course, miné de l'intérieur même s'il reste combatif à l'extérieur. Et qu'il est assez proche des ouvriers de sa petite entreprise, tout en étant un peu capitaliste tout de même, au carrefour de plein de choses dans la société." Avec son coscénariste Pierre Chosson, Maillot a vu " la nouvelle brutale du suicide d'un patron de chantier naval de La Rochelle entrer en collision avec ce désir de personnage". Se renseignant sur un milieu qu'ils ne connaissaient pas, les 2 hommes purent constater que " les entreprises nautiques traversaient une crise terrible depuis 2008, avec une chute de 50 % du marché, et à la clé de nombreux dépôts de bilan et des restructurations parmi des sociétés généralement assez petites, et fragiles car dépendant de quelques clients très riches pouvant, en annulant une commande, causer leur ruine"... Le sujet choisi par Maillot permettait d'associer univers du luxe et travailleurs manuels, petits entrepreneurs et artisans indépendants, tous concernés d'une manière ou d'une autre par une crise cruelle. " Cela produit une espèce de scanner social, cela brasse plein de thématiques intéressantes, comme, entre autres, un conflit social, chose dont on ne parle guère au cinéma et que je connaissais bien pour avoir participé moi-même à celui des intermittents du spectacle, aux côtés des électros, des machinos, des ouvriers du cinéma." Du personnage central de son film, le réalisateur dit qu'il " ne cesse de courir, pour garder 10 centimètres d'avance sur le tsunami qui le suit et qui le rattrapera forcément tôt ou tard". Un héros qui a constamment " la tête dans le guidon, d'autant plus angoissé que tout s'arrête et qu'il n'a pas grand-chose d'autre que son travail dans la vie". De quoi faire " un thriller économique potentiellement palpitant, plein de rebondissements". " Le propos de La Mer à boire est aussi d'opérer une critique du système, mais faite par quelqu'un qui croit que le système est juste, poursuit Maillot. Les films critiquant la société le font presque toujours en partant du point de vue d'un perdant. Je trouve plus intéressant de le faire à partir de celui de quelqu'un qui croit que le mérite est récompensé, que le travail bien fait trouve forcément preneur. Bref, un discours qu'on entend beaucoup dans le milieu des PME, et qui se révèle de plus en plus clairement inexact tant le monde économique est devenu plus violent, moins respectueux de quelque valeur humaine que ce soit!" Il fallait un acteur de poids pour interpréter Georges Pierret, " ce patron pétri de valeurs anciennes, cet homme qui essaie de faire les choses bien et qui n'est pas payé en retour". Daniel Auteuil, impressionnant de maturité rendue soudain fragile, s'est imposé très vite au choix d'un réalisateur conscient, outre son grand talent, de " cette empathie qu'amène Daniel, de cette affection que les spectateurs ont pour lui, de ce crédit personnel qui bénéficie au personnage". Jacques Maillot a aimé qu'Auteuil " n'essaie pas de gommer les aspects un peu paternalistes, un peu moins sympathiques, qui rendent si riche la palette du personnage et le rendent d'autant plus émouvant quand sa fragilité s'offre à voir". Une prestation complexe et mémorable, jusqu'au final violent d'un film " qui évoque aussi tous ces rêves de gauche qui sont désormais enterrés, si profondément enterrés qu'il ne semble plus y avoir beaucoup d'espoir"... l RENCONTRE LOUIS DANVERS