"Cette image fait partie d'un projet plus large intitulé Ousteri. Ousteri est un petit village du Tamil Nadu, près de Pondichéry. Je m'y rends régulièrement depuis 1999, c'est une sorte de port d'attache pour moi. J'y passe chaque fois une dizaine de jours au Centre for the mentally ill, un havre de calme et de chaleur humaine. ...

"Cette image fait partie d'un projet plus large intitulé Ousteri. Ousteri est un petit village du Tamil Nadu, près de Pondichéry. Je m'y rends régulièrement depuis 1999, c'est une sorte de port d'attache pour moi. J'y passe chaque fois une dizaine de jours au Centre for the mentally ill, un havre de calme et de chaleur humaine. Les patients y sont peu médicalisés et vivent à l'extérieur. C'est là que j'ai rencontré Anitha, une femme trouvée dans la campagne à laquelle on a donné ce prénom catholique et dont on a estimé qu'elle avait 50 ans car elle n'était plus réglée. À chaque rencontre, le contact avec elle était plus chaleureux, elle me reconnaissait et me serrait la main. Plutôt joyeuse, Anitha était un peu comme la mascotte du centre. Je m'occupais d'elle. Le jour où j'ai fait ce portrait, Anitha regardait son compagnon Essuraj, duquel elle se sentait proche, qui venait d'être frappé par une crise d'épilepsie fatale. J'ai entraperçu ce jour-là toute la complexité de ce qui se passait en elle. Mon travail parle de rencontres personnelles. Je n'informe pas beaucoup, je donne à voir mes doubles, ceux qui me font sentir, selon le mot de Georges Perec, " corps auprès de leur corps". La photographie porte en elle ce souvenir d'avoir été physiquement avec eux."