Cinq chercheurs portés disparus en Ukraine. Une enquête qui piétine. Deux détectives mandatés, pour les retrouver, par une obscure fondation. Et une communauté entière de joueurs bien décidée à faire progresser les recherches. Ça paraît simple, présenté de la sorte. Sauf que l'univers élaboré par Eric Viennot (à qui l'on doit également le précurseur In Memoriam, en 2003), qualifié par l'intéressé de "fiction totale", est aussi cohérent que complexe. Situé au carrefour...

Cinq chercheurs portés disparus en Ukraine. Une enquête qui piétine. Deux détectives mandatés, pour les retrouver, par une obscure fondation. Et une communauté entière de joueurs bien décidée à faire progresser les recherches. Ça paraît simple, présenté de la sorte. Sauf que l'univers élaboré par Eric Viennot (à qui l'on doit également le précurseur In Memoriam, en 2003), qualifié par l'intéressé de "fiction totale", est aussi cohérent que complexe. Situé au carrefour de la Websérie et de l'ARG (jeu en réalité alternée), ce thriller paranormal s'affiche comme un jeu d'enquête échevelé étiré sur huit semaines -il est toujours possible de jouer en différé, mais c'est évidemment moins drôle. Le jeu consistait, pour les utilisateurs, à farfouiller un peu partout sur Internet pour retrouver des indices disséminés sur de vraies-fausses pages de faux-vrais sites créés pour l'occasion. Sur une plateforme dédiée, les néo-enquêteurs pouvaient partager leurs trouvailles. Mail, SMS voire même appels téléphoniques, géolocalisation via smartphone: immersif, voire intrusif, le jeu rentrait véritablement dans la réalité des utilisateurs. "Alt-Minds fut un formidable terrain d'expérimentation. Le transmedia peut véritablement devenir une nouvelle forme d'écriture pour de jeunes créatifs, sans que les budgets soient exceptionnels", confie Eric Viennot. Pas de gros budget? Alt-Minds a tout de même demandé un an de préparation. Ce qui, en regard du prix démocratique (15 euros) réclamé aux joueurs les plus impliqués, n'a pas l'air bien rentabilisable. "Comparativement à une série classique, cela reste de petits budgets. A peu près 5000 personnes ont participé au jeu en temps réel, passant parfois 50 heures par semaine dessus. On avait sous-estimé la richesse de l'univers, qui demandait beaucoup d'implication. Au total, on a eu 20 000 joueurs payants: c'est positif, même si c'est peu par rapport aux jeux classiques. Avec Alt-Minds, on voulait aller vers un spectateur de séries, mais on ne l'a pas touché. Par contre, on a eu les spécialistes", explique un Eric Viennot de plus en plus sollicité par les chaînes de télé pour développer des projets transmedia. "Si on veut accrocher la nouvelle génération digitale, et rajeunir l'audience des télévisions, c'est vers cela qu'il faut aller." Du Web à la télé, de la télé au Web. Et inversement. G.V.