DE NICOLAS GAUTIER, ÉDITIONS GENÈSE, 222 PAGES.
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DE NICOLAS GAUTIER, ÉDITIONS GENÈSE, 222 PAGES. Chez NRV Musique France, leader local et première major mondiale, l'ambiance n'est pas à la fête. Les ventes plongent, le gratuit s'éclate, les nouveautés n'intéressent plus personne et les supports matériels disparaissent, même les grandes surfaces rechignent! Le "board" gueule, les prévisions sont très mauvaises... Noël Fontana, l'incontournable patron, venu de rien, devenu Dieu, est bel et bien dans la merde. Entouré de sa garde rapprochée -patrons de label, responsables marketing, chefs de la diversification-, il en vient à fomenter un plan simple, mais qui, de l'avis de tous, les tirerait d'affaire: ne pas attendre la mort de John Chance -la star de NRV et la dernière idole du rock français, qui ne fait plus rien de bon ou en tout cas de bankable-, mais au contraire l'orchestrer. Caler une date pour la disparition du chanteur préféré des Français, et surtout s'y préparer: la plus petite des stations-service voudra sa compile. " Finalement, tout bien considéré, quel mal y a-t-il à sacrifier un artiste sur le déclin pour sauver son avenir?" Un plan parfait, mais pas gagné: Jim Chance leur a bien dit: " Moi vivant, je n'accepterai jamais de mourir!" Nicolas Gautier, directeur artistique du label AZ, chez Universal France, s'est bien marré en écrivant son premier roman, et ses collègues, paraît-il, aussi, en le lisant: tout le monde s'y est reconnu! Pas besoin en effet d'être un spécialiste pour rapidement comprendre l'enjeu ou les ressorts de ce polar burlesque, jamais féroce: toute l'industrie, et Universal en particulier, y est, à peine cachée ou mélangée. Noël Fontana, figure principale de cette farce pas si légère que ça? Pascal Nègre bien sûr, le grand mamamouchi du business, haï autant qu'admiré. Jim Chance? Un mélange pas franchement subtil de Johnny (pour la dégaine, le statut et l'épouse), Bono (pour la grande gueule et le pouvoir) et Jacno (pour les références zik et le côté maudit). Philippe Manchette, l'ex-journaliste devenu détective du showbiz? Man£uvre évidemment, reconnaissable avant même qu'il ne se préoccupe que de sa collection de vinyles, bien plus importante que ce vieux con de Chance, et menacée par des zazous d'un groupuscule pro-digital! Une farce donc, et un jeu de "Qui est-ce?" qui ne manque pas de sel, ni d'infos: l'auteur les connait par c£ur, ces réunions, ces pressions et cette quête du chiffre qui hante désormais, à défaut de nouveaux artistes, les dernières grandes maisons de disques, la sienne en particulier. On y apprend donc beaucoup, presque trop, sur les rouages affairistes de ces machines énormes, productrices désormais de prêt-à-écouter destiné à finir comme cadeau gratuit dans les paquets de lessive... Le monde de la musique a bien changé et n'en a pas fini. Nicolas Gautier, pourtant, en garde sous la pédale, n'oubliant jamais qui est son boss, et caressant une joue quand il vient de gratter l'autre: " Fontana est le seul patron de ces 20 dernières années à avoir une vraie patte artistique." Logique mais un peu dommageable. Reste, aussi et tout de même, la question de l'intérêt littéraire de ce premier roman in situ. On le dira comme ça: Nicolas Gautier est un excellent directeur artistique. l OLIVIER VAN VAERENBERGH