Présent dans les plus grands festivals internationaux, de Cannes à Venise en passant par Toronto ou San Sebastian, le cinéma tunisien connaît, depuis quelques mois, une effervescence inédite. Démonstration sur nos écrans également où, après Noura rêve de Hinde Boujemaa, et Un divan à Tunis de Manele Labidi, on pourra découvrir, dans quelques jours, Un fils de Mehdi M. Barsaoui. "Ça fait quelques temps déjà que l'on observe un renouveau, commente ce dernier. On l'a vu avec les films de Kaouther Ben Hania et de Mohamed Ben Attia, et ça se confirme avec de nombreux films cette année. Il y a un vrai renouveau à mes yeux, car le cinéma tunisien avait tendance, avant 2011 surtout, à être militant juste pour être militant, ce qui était normal, nous vivions sous le joug de la dictature. Là, comme on s'est un peu affranchis de tout ça, et que tous les sujets peuvent désormais être traités, on voit des films plutôt liés aux problématiques du peuple, des Tunisiens."
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Présent dans les plus grands festivals internationaux, de Cannes à Venise en passant par Toronto ou San Sebastian, le cinéma tunisien connaît, depuis quelques mois, une effervescence inédite. Démonstration sur nos écrans également où, après Noura rêve de Hinde Boujemaa, et Un divan à Tunis de Manele Labidi, on pourra découvrir, dans quelques jours, Un fils de Mehdi M. Barsaoui. "Ça fait quelques temps déjà que l'on observe un renouveau, commente ce dernier. On l'a vu avec les films de Kaouther Ben Hania et de Mohamed Ben Attia, et ça se confirme avec de nombreux films cette année. Il y a un vrai renouveau à mes yeux, car le cinéma tunisien avait tendance, avant 2011 surtout, à être militant juste pour être militant, ce qui était normal, nous vivions sous le joug de la dictature. Là, comme on s'est un peu affranchis de tout ça, et que tous les sujets peuvent désormais être traités, on voit des films plutôt liés aux problématiques du peuple, des Tunisiens." Ce mouvement, Un fils en est assurément représentatif. Pour son premier long métrage, Mehdi M. Barsaoui s'attache à un drame intime, celui que vivent Fares et Meriem, un couple qu'un accident tragique survenu à leur enfant va contraindre à sortir de sa zone de confort, et entraîner dans un périple éprouvant qui remettra en cause les fondements mêmes de leur relation. De l'intime au collectif, il n'y a cependant qu'un pas, et le film, au-delà de cette famille, ausculte aussi une nation à la croisée des chemins -ce n'est bien sûr pas un hasard si le réalisateur a choisi de situer l'action en 2011, soit au lendemain du Printemps arabe. "C'est une année charnière pour la Tunisie mais aussi pour l'ensemble du monde arabe, explique-t-il. Nous avons vécu de profonds changements, sociaux, culturels, politiques et sociétaux. Le pays était en mutation, à l'image de cette famille dont les références et les repères vont s'effondrer, et qui va devoir se reconstruire."Quatre ans ont été nécessaires à l'écriture d'un scénario qui, s'il s'en tient pour l'essentiel au destin de ce couple et cette famille s'avançant vers l'inconnu, n'en brasse pas moins, en filigrane, de nombreux débats qui agitent la société tunisienne et au-delà, puisqu'il y est question aussi bien de la filiation, de l'adultère que du poids de la religion, parmi (beaucoup) d'autres thèmes en prise sur un présent volatil. Mehdi M. Barsaoui évoque, à cet égard, les 23 versions successives du scénario - "j'y allais par strates, où j'affrontais chaque fois un thème"- et l'assistance précieuse de Magali Negroni pour en imbriquer harmonieusement les éléments, tout en insistant sur le fait que ce sont les thèmes qui se sont imposés à lui. "Je suis parti sur cette idée de famille, et les autres éléments sont venus s'agencer pour faire en sorte qu'elle se découvre." Et d'établir au passage un état des lieux critique de la société tunisienne, au coeur d'un film dont il souligne combien il traite aussi de l'émancipation et de l'affranchissement de ses protagonistes à l'égard des dogmes qui leur sont imposés, quand il ne s'agit pas de leurs propres préjugés. Si Un fils ne ploie pas pour autant sous le poids des sujets de société abordés, il le doit notamment à son couple d'acteurs principaux, investis à 1000 %, suivant l'expression du réalisateur. "J'aime beaucoup Sami Bouajila, les choix de carrière qu'il fait, les rôles aussi. On lui a tout simplement envoyé le scénario via son agent, et il a rapidement dit oui. Ça a été un peu plus compliqué pour Najla (Ben Abdallah) , avec qui je voulais travailler -elle est très connue en Tunisie grâce à la télévision-, mais dont je n'étais pas encore certain qu'elle puisse porter le personnage sur ses épaules." Leur rencontre, ponctuée par une improvisation de 17 minutes, convaincra le réalisateur, la composition de la comédienne, tour à tour muette, ébranlée, désespérée ou encore révoltée, recouvrant les différentes facettes du personnage. De quoi donner chair à un film combinant tension et émotion, à quoi le format cinémascope ajoute encore un surcroît d'intensité: "C'est un choix que l'on a mûrement réfléchi avec Antoine Héberlé, le chef-opérateur. Je voulais que mes personnages soient un peu perdus dans les décors, mais aussi par rapport aux perspectives. Et le scope me permettait d'avoir deux gros plans en un seul, mes deux personnages au sein du même plan, confrontés l'un à l'autre." Histoire de s'affranchir du passé, pour pouvoir, peut-être, continuer à avancer, comme en écho au défi que doit relever la société tunisienne...