Rappel pour ceux qui se seraient exilés sur Vénus ces 25 dernières années: le Japon, après avoir révolutionné votre poste à galène et votre automobile, s'est employé à dépoussiérer le monde vieillissant de la BD franco-belge. Cette invasion fut rendue possible grâce à Osamu Tezuka (1928-1989), l'homme aux 700 séries, grand architecte du manga moderne. Delcourt entame la réédition ...

Rappel pour ceux qui se seraient exilés sur Vénus ces 25 dernières années: le Japon, après avoir révolutionné votre poste à galène et votre automobile, s'est employé à dépoussiérer le monde vieillissant de la BD franco-belge. Cette invasion fut rendue possible grâce à Osamu Tezuka (1928-1989), l'homme aux 700 séries, grand architecte du manga moderne. Delcourt entame la réédition de quelques chefs-d'oeuvre du maître, en commençant par Ayako (en un volume) et L'Histoire des 3 Adolf (en deux volumes). Le premier relate la destinée d'une grande famille nipponne après la Seconde Guerre mondiale, qui se voit obligée par les autorités de morceler ses biens au profit des petits paysans. Luttes de pouvoir, mainmise des Américains dans les affaires japonaises, meurtres, inceste et séquestration composent cette fresque se déroulant sur plusieurs années. Le deuxième met en scène trois hommes prénommés Adolf, et raconte l'amitié entre un nazi et un Juif durant la guerre, et ce jusqu'au début du conflit israélo-palestinien. Le récit est axé sur la Shoah et les relations entre le troisième Reich et le Japon. Ces deux histoires s'inscrivent dans la période sombre post-soixante-huitarde de l'auteur qui, avant les années 70, se caractérisait plutôt par la gaudriole façon Disney, une grande influence pour le Japonais. La lecture d'un manga du maître est toujours une expérience étrange: il y a d'abord une absence totale de manichéisme dans le chef des personnages, les rendant particulièrement ambigus. Ils sont d'autre part toujours animés par un sentiment de naïveté héroïque qui prête à sourire. Un dessin parfois grand-guignolesque achèvera de perturber le lecteur novice. Quoi qu'il en soit, le manga post-Tezuka n'a plus jamais atteint un aussi haut degré de complexité.