C'est un angle d'approche comme un autre. Pour tâter le pouls d'une rentrée littéraire, regarder son offre de premiers romans. Combien sont-ils ? D'où viennent leurs auteurs ? Comment leur est venue la vocation ? A cet égard, difficile de ne pas prendre la mesure de ce qui se dessine comme une véritable tendance depuis quelques années en France et en français : les nouveaux écrivains sont de plus en plus ceux qui auront appris, au préalable, à le devenir. Légitimés et très courus aux Etats-Unis, où l'écriture se vit d'abord comme pratique ( craft), les cours de creative writing ont longtemps été snobés en France, empêchés par une vision sacralisée et élitiste de l'écriture comme don (héritage du romantisme et effet d'un patrimoine littéraire écrasant). Signe d'une démocratisation bienvenue et d'une certaine " horizontalisation " des accès : des cursus d'écriture sont désormais proposés à l'université et dans les écoles d'art, où les ateliers et les masterclasses sont assurés par des artistes et des écrivains - parfois célèbres. L'Atelier des écritures contemporaines de La Cambre, à Bruxelles, le master de Création littéraire de l'université du Havre, ou celui de Paris 8 ne désemplissent pas d'étudiants d'âges et d'horizons variés. Et il arrive que les éditeurs eux-mêmes, pour qui ces programmes représentent un vivier inespéré de voix et de talents, fassent leurs propres classes (depuis 2012, les éditions Gallimard proposent des stages animés par des auteurs maison).
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