Quelle extravagance, ce Charles Singullier! Et quelle futilité de la part de cet homme discret, employé qui attend sa promotion depuis 20 ans: que lui est-il passé par la tête pour s'offrir -et porter!- ce chapeau melon, chiné sur le marché de la place du Jeu de Balle? L'esprit de Magritte, sans doute: à peine l'a-t-il posé sur son crâne que son reflet dans le miroir lui envoie l'image de son dos et qu'Arsène Lupin lui apparaît dans les morceaux de verre brisé -Arsène Lupin, un des marqueurs forts de l'oeuvre de Magritte, tel qu'il apparaît dans le fameux tableau Le Barbare et dans une célèbre photo qui ouvre aussi le musée à son nom, à Bruxelles: "Tu n'aurais pas dû mettre son chapeau! Maintenant, ça ne va plus s'arrêter... ", souffle Arsène à Charles. "Vous devez percer le mystère", renchérit une autre créature subitement apparue, puisée elle aussi dans les tableaux de Magritte. Et Charles Singullier d'être emporté, et les lecteurs avec lui, dans une errance, plutôt un road-movie, surréaliste et onirique, à la fois dans les oeuvres et dans la vie du peintre pour...