La bande dessinée flamande n'est décidément plus ce qu'elle était. Pendant des décennies, et jusqu'à la fin du XXe siècle, la BD néerlandaise et produite en Flandre était surtout connue pour ses séries prépubliées dans la presse, à la fois très commerciales et destinées à un public surtout régional: ainsi de Bob et Bobette, Jommeke ou du célèbre Néron, dont le Bruxellois Marc Sleen réalisa pas moins de 200 albums en un peu plus d'un demi-siècle -Dirk Stallaert a depuis pris le relais. Une BD toujours vivace, populaire voire "popu", mais difficile à exporter. Tout le contraire de la production de la vingtaine d'auteurs choisis par le Centre Belge de la Bande Dessinée (CBBD) et le Fonds Flamand des Lettres pour représenter cette "nouvelle BD" et qui n'a plus grand-chose à voir avec l'ancienne. La preuve: cette large rétrospective collective et flamande ne s'est pas installée au Musée Marc Sleen, pourtant situé juste en face du CBBD, dans cette rue des Sables où le dessinateur est né. Et qu'on ne s'y trompe pas non plus, cette BD fla...

La bande dessinée flamande n'est décidément plus ce qu'elle était. Pendant des décennies, et jusqu'à la fin du XXe siècle, la BD néerlandaise et produite en Flandre était surtout connue pour ses séries prépubliées dans la presse, à la fois très commerciales et destinées à un public surtout régional: ainsi de Bob et Bobette, Jommeke ou du célèbre Néron, dont le Bruxellois Marc Sleen réalisa pas moins de 200 albums en un peu plus d'un demi-siècle -Dirk Stallaert a depuis pris le relais. Une BD toujours vivace, populaire voire "popu", mais difficile à exporter. Tout le contraire de la production de la vingtaine d'auteurs choisis par le Centre Belge de la Bande Dessinée (CBBD) et le Fonds Flamand des Lettres pour représenter cette "nouvelle BD" et qui n'a plus grand-chose à voir avec l'ancienne. La preuve: cette large rétrospective collective et flamande ne s'est pas installée au Musée Marc Sleen, pourtant situé juste en face du CBBD, dans cette rue des Sables où le dessinateur est né. Et qu'on ne s'y trompe pas non plus, cette BD flamande n'est nouvelle que de nom: quinze ans déjà, au moins, que Nix, Judith Vanistendael, Brecht Vandenbroucke et Brecht Evens, entre autres, l'ont révolutionnée de fond en comble. Et chacun dans son style. Difficile, au premier coup d'oeil, de voir les points communs autres que géographiques pour relier la vingtaine d'auteurs exposés ensemble jusque fin juin, si ce n'est leur qualité et leur recherche d'une autre bande dessinée. Certes, Nix avec Kinky & Cosy, Pieter De Poortere avec Boerke ou Bart Schoofs avec sa trilogie Braaf Varken partagent un même sens de l'humour provocateur, décalé et mordant. Certes aussi, des auteurs comme Judith Vanistendael, Brecht Evens, Brecht Vandenbroucke et Simon Spruyt se distinguent depuis longtemps par leurs recherches graphiques et narratives. Et certes aussi, tous, de Ilah à Wauter Mannaert en passant par Gerolf Van de Perre, Randall.C ou le jeune Ben Gijsemans ont en commun de posséder un univers extrêmement personnel, qui ne ressemble a priori à aucun autre. En réalité, leur point commun est ailleurs que dans "cette liberté graphique" ou "ce besoin d'inventivité et d'expérimentation qui se nourrit de multiples influences et références artistiques, pour aborder tous les styles et tous les sujets", comme tentent de le justifier les commissaires de cette exposition belle et riche de centaines d'originaux: tous, surtout, sont passés par la même école (Sint-Lukas), et tous ont été soutenus par le même Fonds Flamand des Lettres -la véritable "star" de cette exposition. De fait, deux événements ont révolutionné la BD flamande au tournant de notre siècle: d'abord la création en 1987 d'une section bande dessinée à l'Institut Sint-Lukas de Gand, puis en 1998 à Sint-Lukas Bruxelles, et la création, en 2002, d'une commission BD au sein du Fonds Flamand des Lettres. Les premières ont ouvert de tout nouveaux horizons aux jeunes auteurs, à la fois en faisant fi de tout formatage, et en formant également à l'écriture autant qu'au graphisme -ce fut particulièrement le cas à Sint-Lukas Bruxelles sous la houlette de Johan De Moor et, déjà, de Nix, avec qui les étudiants devaient boucler leur formation en créant, tant au scénario qu'au dessin, une BD complète. Un extraordinaire nouveau vivier que s'est chargé de faire exploser le second, ce fameux Fonds Flamand. Non seulement en accordant des bourses généreuses à ses heureux élus, mais aussi en leur apportant un soutien à l'international à faire pâlir les francophones. Outre une présence chaque fois remarquable et remarquée dans les festivals et les expos, le Fonds Flamand des Lettres a développé une politique d'aide aux éditeurs internationaux en prenant en charge tout ou partie des traductions. Résultat: la plupart des auteurs précités ont bénéficié de la reconnaissance et du succès, pour l'essentiel en dehors de leurs frontières, devenant même la coqueluche des grands éditeurs francophones, séduits par la qualité et l'exotisme de leurs productions. C'est particulièrement le cas de Brecht Evens, dont les albums exigeants sont édités par le non moins exigeant Actes Sud BD. Ou, plus récemment, de Ben Gijsemans dont le premier album (et travail de fin d'études) Hubert a fait sensation dès sa sortie au Lombard. Ne parlons même pas de Nix, désormais star à l'international bien plus qu'en Flandre, avec l'adaptation en animation et en plus de 500 épisodes de ses jumelles maléfiques (longtemps publiées aussi dans votre Focus Vif). Bref, cette exposition ressemble plus à une magnifique mais improbable carte de visite d'un acteur institutionnel en mal de publicité, qu'à la véritable mise en avant d'un collectif mû par les mêmes références -beaucoup d'auteurs présents mériteraient leur propre exposition au CBBD, ce qui a d'ailleurs déjà été le cas pour certains d'entre eux. Et plutôt que d'y chercher des parallèles un peu artificiels, on en profitera donc pour découvrir le travail d'auteurs moins connus en dehors de leurs frontières comme Serge Baeken, Maarten Vande Wiele, Jeroen Janssen, Wide Vercnocke ou Michaël Olbrechts. Une question de temps, et d'aide du Fonds Flamand.