L'agitation est à son comble à cette table d'un intérieur bourgeois, et pour cause: voilà qu'apparaissent des lunettes magiques ayant le don de révéler la personnalité et les plaisirs de quiconque les chausse, grippe-sou, joueur ou séducteur... Nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements du 7e art et Émile Cohl, dans Les Lunettes féeriques (1909), cerne le potentiel cinématographique des bésicles. Lequel se verra ensuite décliné sous des formes multiples. Comique burlesque de haut vol, Harold Lloyd en fait ainsi sa signature, les lunettes d'écaille constituant l'un des éléments essentiels de sa panoplie. Un Woody Allen sera, pour sa part, indissociable de ses Moscot, alors que ses montures rondes sont aussi indispensables à Ha...

L'agitation est à son comble à cette table d'un intérieur bourgeois, et pour cause: voilà qu'apparaissent des lunettes magiques ayant le don de révéler la personnalité et les plaisirs de quiconque les chausse, grippe-sou, joueur ou séducteur... Nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements du 7e art et Émile Cohl, dans Les Lunettes féeriques (1909), cerne le potentiel cinématographique des bésicles. Lequel se verra ensuite décliné sous des formes multiples. Comique burlesque de haut vol, Harold Lloyd en fait ainsi sa signature, les lunettes d'écaille constituant l'un des éléments essentiels de sa panoplie. Un Woody Allen sera, pour sa part, indissociable de ses Moscot, alors que ses montures rondes sont aussi indispensables à Harry Potter que sa baguette... Les exemples sont d'ailleurs innombrables de lunettes ayant contribué à définir un personnage: citons, pêle-mêle, les lunettes de soleil en forme de coeur de la Lolita, de Stanley Kubrick (1962); celles portées par Peter Sellers sous les traits du Dr. Strangelove (1964), l'un des trois rôles qu'il tenait dans le film éponyme de Kubrick, encore; l'accessoire stylé arboré par Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany's (1961) et en d'autres circonstances; les Ray-Ban de Dan Aykroyd et John Belushi, les compères de The Blues Brothers (1980); les brilles de Mike Meyers, imposées dès Austin Powers in Goldmember (2002); le modèle Aviator de Tom Cruise dans Top Gun (1986) et les Persol de Steve McQueen dans The Thomas Crown Affair (1968). Et l'on pourrait ajouter celles de Neo dans The Matrix (1999), sans oublier les verres teints pour délires hallucinogènes de Johnny Depp dans Fear and Loathing in Las Vegas (1998)... Mieux même que des accessoires, certains les ont intégrées à la narration: les lunettes noires servent à The Invisible Man, de James Whale (1933), à masquer son infirmité; Jayne Mansfield fait craquer les verres correcteurs (et sauter les bouchons de bouteilles de lait) sur son passage dans The Girl Can't Help It de Frank Tashlin (1956); James Bond utilise un modèle permettant de voir à travers les vêtements dans The World Is Not Enough de Michael Apted (1999); Nada, le héros de They Live de John Carpenter (1988), trouve des lunettes de soleil permettant de débusquer les extraterrestres qui s'apprêtent à asservir la planète; Marty McFly Jr. adopte, dans Back to the Future II (1989), des montures à réalité augmentée, l'une des projections futuristes d'un film inventant, à l'horizon 2015, des chaussures auto-laçantes, des voitures volantes et un "bad guy" préfigurant... Donald Trump, dont il était d'ailleurs inspiré. Jusqu'à Michel Hazanavicius qui, dans le tout récent Le Redoutable, fait des lunettes (piétinées) de Jean-Luc Godard le moteur d'un running gag... En la matière, la palme revient toutefois à Alfred Hitchcock qui, dans Strangers on a Train (1951) reflétait une strangulation dans une paire tombée au sol, manière de l'imprimer plus sûrement encore dans les yeux du spectateur...