Annette, de Leos Carax
...

La fantaisie pop des Sparks rencontre le génie torturé de Leos Carax dans Annette, comédie musicale de toutes les audaces. Le réalisateur de Holy Motors y met en scène, à Los Angeles, un couple glamour -Ann, une chanteuse lyrique, et Henry, un comédien de stand-up (Marion Cotillard et Adam Driver)- épanoui sous les spotlights, mais dont l'existence va être bouleversée par la naissance d'une fillette, Annette. Carax retrouve diverses de ses obsessions dans ce film chanté traversé de fulgurances et animé par un furieux élan de liberté. Pour livrer, soutenu par le génie mélodique des frères Mael, un opéra rock tragique auquel sa mise en scène confère un tour virevoltant comme ensorcelant. Alejandro Jodorowsky avait dû y renoncer faute du budget à même de traduire sa vision, David Lynch s'y était cassé les dents pour l'un des rares ratages de sa filmographie. C'est aujourd'hui au tour de Denis Villeneuve (Arrival, Blade Runner 2046) de proposer sa version du roman de science-fiction culte de Frank Herbert. Les premières images du film augurent d'une odyssée rien moins qu'impressionnante sur les traces de Timothée Chalamet, endossant le rôle de sauveur de l'humanité sur ses frêles épaules... Daniel Craig revêt pour la dernière fois les habits de 007 à la faveur de No Time to Die, le 25e volet de la franchise Bond, repoussé à diverses reprises pour cause de Covid-19. Cary Fukunaga (Beasts of No Nation) est à la manoeuvre, tandis que Rami Malek joue les méchants de service (sous le nom de Lyutsifer Safin) et que, concession à l'époque, Bond conduit une Aston Martin... électrique, bien utile pour répondre à l'appel de son vieil ami de la CIA Felix Leiter, venu l'arracher à sa retraite jamaïcaine... Alors bien sûr, voilà un certain temps déjà que Wes Anderson semble tourner en rond, peinant à retrouver la magie des Royal Tenenbaums, The Darjeeling Limited et autre Fantastic Mr.Fox. Chaque nouveau film du réalisateur texan constitue néanmoins un événement, et The French Dispatch ne déroge pas à la règle qui, s'invitant dans les coulisses d'un journal, s'ingénie à confronter son casting de rêve -Léa Seydoux, Bill Murray, Tilda Swinton...- aux situations les plus abracadabrantes. Farce et loufoque. Adaptant l'auteur américain Adrian Tomine avec le concours de Léa Mysius et Céline Sciamma, Jacques Audiard féminise sensiblement son regard et investit le quartier parisien des Olympiades, dans le XIIIe, pour filmer dans un noir et blanc chatoyant le chassé-croisé amoureux auquel se prête un quatuor de trentenaires, Lucie Zhang, Makita Samba, Noémie Merlant et Jehnny Beth. Et réussit à joliment se réinventer pour livrer un film générationnel, résolument en prise sur le temps présent.