1945. Les cendres de la Seconde Guerre mondiale sont encore tièdes lorsque Rachael Morgan (Keira Knightley) arrive à Hambourg où elle est venue rejoindre son mari, Lewis (Jason Clarke), colonel de l'armée britannique affecté à la reconstruction de la ville. Le temps et la perte d'un enfant ont creusé une distance en apparence insurmontable au sein du couple, amplifiée encore dès lors qu'ils doivent partager leur nouvelle demeure, une villa des bords de l'Elbe, avec ses anciens propriétaires, Stefan Lubert (Alexander Skarsgard), un architecte allemand, et sa fille Freda (Flora Thiemann), au mépris de toute intimité. Et Rachael de se replier sur elle-même, retranchée derrière un mur de préjugés et d'hostilité que les événements vont toutefois venir lézarder... Quatre ans après Testament of Youth, le deuxième long métrage de James Kent emprunte des chemins voisins, envisageant la guerre, et ses conséquences humaines, à travers un regard féminin, pour vibrer d'une fibre mélodramatique. Les cyniques y verront quelque anachronisme; on préférera, en l'occurrence, parler de classicisme, le film n'étant pas sans évoquer le cinéma d'un David Lean alors que les sentiments y affleurent, douloureux et complexes, suivant les modulations du récit. Soit, portée par une mise en scène d'une sobre élégance, une fresque intime où le contexte historique chargé dévoile les gouffres des tourments intérieurs, registre sensible dans lequel Keira Knightley brille tout particulièrement, signant une composition volontaire et frémissante, au confluent de Colette et de Atonement.

De James Kent. Avec Keira Knightley, Jason Clarke, Alexander Skarsgard. 1h48. Sortie: 13/03. ****

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