Le Mardi gras étant affaire de Blancs, les habitants afro-américains de La Nouvelle- Orléans se sont créé au XIXe siècle leur propre carnaval. Et certains d'entre eux ont imaginé s'y costumer en "Native Americans", ces Amérindiens qui furent massacrés et spoliés de leurs terres tandis qu'eux-mêmes étaient exploités comme esclaves. Des récits évoquent bien un rapprochement des deux peuples, quand des esclaves en fuite trouvèrent refuge auprès de tribus locales et s'y mélangèrent. Mais la recherche d'arguments historiques concrets n'est pas au centre de...

Le Mardi gras étant affaire de Blancs, les habitants afro-américains de La Nouvelle- Orléans se sont créé au XIXe siècle leur propre carnaval. Et certains d'entre eux ont imaginé s'y costumer en "Native Americans", ces Amérindiens qui furent massacrés et spoliés de leurs terres tandis qu'eux-mêmes étaient exploités comme esclaves. Des récits évoquent bien un rapprochement des deux peuples, quand des esclaves en fuite trouvèrent refuge auprès de tribus locales et s'y mélangèrent. Mais la recherche d'arguments historiques concrets n'est pas au centre de la démarche de celles et ceux qui, chaque année à la même époque, se parent de flamboyants costumes d'Indiens pour défiler dans les rues. Un témoin filmé dans Black Indians en parle comme de "la meilleure réponse poétique à l'oppression". Une réponse festive, apportée par des "tribus" imaginaires dans une ambiance de solidarité distinguant la démarche du "blackface" et autres grimages souvent stigmatisés aujourd'hui comme racistes. Jo Béranger, Hugues Poulain et édith Patrouilleau suivent dans leur documentaire les préparatifs puis le défilé, faisant la part belle à la fête après en avoir, sans lourdeur didactique, tracé le cadre et les motivations. Black Indians est au menu d'un copieux et excitant festival organisé par le cinéma Nova à Bruxelles. Sous l'intitulé Carnaval Totaal!, plus d'une trentaine de films seront projetés, illustrant le thème bien de saison des pratiques carnavalesques d'aujourd'hui et d'hier, en Europe qui a vu leur naissance et dans les pays de colonisation où les locaux se les sont appropriés en les nourrissant de leur propre culture. Un sujet tout à la fois ambitieux, festif et pertinent, rappelant la vertu première du concept de carnaval, où déguisement et défilé marquent une période de fête collective où le peuple s'affranchit, symboliquement, de certaines contraintes sociales et morales dans un joyeux délire, certes organisé mais néanmoins libérateur à l'époque où l'on célèbre le rite annuel du renouveau. Au programme de Carnaval Totaal! se retrouvent entre autres une série de documentaires témoignant des différentes traditions dans le monde, des films de fiction classiques (le poétique Orfeu Negro et l'horrifique The Wicker Man) et des inédits comme Greetings from Krampus, abordant la tradition autrichienne des Krampus, créatures fantastiques destinées à faire peur aux enfants... Conçu avec la complicité de la Société de Carnaval Sauvage de Bruxelles (dont le défilé unique en son genre aura lieu samedi 21 mars), le festival accueillera de nombreux invités et l'ambiance y sera chaude.