Le week-end dernier, j'ai eu 50 ans. Toujours pas de Rolex mais à quoi bon, vu que mon téléphone donne l'heure ? Je peux même la lui demander de vive voix, ce qui est impensable avec une montre, même de luxe. 50 ans, je pense que c'est Nick Cave qui a dit que c'était un âge très confortable, surtout parce qu'on n'a officiellement plus aucune obligation de s'intéresser à ce que font les jeunes, à ce qui intéresse les jeunes, ni de participer aux débats des jeunes. Si, à 50 ans, vous faites savoir à l'assemblée que vous n'aimez pas le rap, on ne vous regarde plus comme un blasphémateur. On trouve ça normal. On se dit : "Ben ouais, forcément, pépé est resté calé à Yazz et U2, la musique de sa jeunesse". On n'insiste pas. A 49 et demi, on tente encore de vous convertir par l'épée, on trouve ça inadmissible et condescendant mais à 50, ça passe, car vous voilà officiellement irrécupérable. Sur la pente douce vers le Grand Nulle Part. Il est certes toujours plus ou moins interdit de dire trop haut du mal des films Marvel, de balancer des blagues de cul et de se moquer de la culture de la victimisation mais en revanche, grâce à ce "né le 19 octobre 1969" sur ma carte d'identité, je PEUX une semaine plus tard déclarer publiquement que je n'ai aucune envie d'écouter Kanye West, jamais. De suivre Stranger Things, jamais. De voir un spectacle de Hannah Gadsby, jamais. Ca n'offusquera pas. Je ne suis...