Eté 2016. Julien Gosselin, même pas 30 ans, défraie la chronique au festival d'Avignon. Avec sa compagnie Si vous pouviez lécher mon coeur, il propose 2666, une adaptation du roman monstre (plus de 1.300 pages dans l'édition Folio de Gallimard) de l'auteur chilien Roberto Bolaño. Durée de la représentation: onze heures. Une audace. Un triomphe. Gosselin n'en est pas à son coup d'essai. Trois ans plus tôt, toujours dans la cité papale, il a fait couler l'encre en montant un autre roman de taille, Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq (lire l'encadré). Un choix comme une évidence. "J'ai découvert Michel Houellebecq à l'adolescence. Je devais avoir 15, 16 ans, c'était à l'époque de la publication de Plateforme (NDLR: 2001)", nous confie Julien Gosselin, qui a commencé par lire ses formes brèves, ses poèmes, ses récits courts, avant de dévorer toute sa production. "Ses textes me touchaient de manière extrêmement directe, comme si j'avais trouvé quelqu'un dont la vision des choses correspondait à la mienne. Avec cette forme de légère tristesse, mais aussi - un élément qu'on oublie souvent - un humour qui me fait hurler de rire. Houellebecq a aussi cette manière particulière d'évoquer la question des zones périphériques: les hypermarchés, les bretelles d'autorout...

Eté 2016. Julien Gosselin, même pas 30 ans, défraie la chronique au festival d'Avignon. Avec sa compagnie Si vous pouviez lécher mon coeur, il propose 2666, une adaptation du roman monstre (plus de 1.300 pages dans l'édition Folio de Gallimard) de l'auteur chilien Roberto Bolaño. Durée de la représentation: onze heures. Une audace. Un triomphe. Gosselin n'en est pas à son coup d'essai. Trois ans plus tôt, toujours dans la cité papale, il a fait couler l'encre en montant un autre roman de taille, Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq (lire l'encadré). Un choix comme une évidence. "J'ai découvert Michel Houellebecq à l'adolescence. Je devais avoir 15, 16 ans, c'était à l'époque de la publication de Plateforme (NDLR: 2001)", nous confie Julien Gosselin, qui a commencé par lire ses formes brèves, ses poèmes, ses récits courts, avant de dévorer toute sa production. "Ses textes me touchaient de manière extrêmement directe, comme si j'avais trouvé quelqu'un dont la vision des choses correspondait à la mienne. Avec cette forme de légère tristesse, mais aussi - un élément qu'on oublie souvent - un humour qui me fait hurler de rire. Houellebecq a aussi cette manière particulière d'évoquer la question des zones périphériques: les hypermarchés, les bretelles d'autoroute, les villes de moyenne importance... Moi qui viens de Calais, ça me touchait beaucoup, c'était proche de mon expérience du paysage. Et puis, sa vision de la sexualité m'interpellait, même si je ne peux pas dire que j'avais une vision tout à fait étendue du sujet quand j'ai commencé à le lire." Pour Gosselin, il n'y a pas photo: Houellebecq est le plus grand écrivain français, quoi que l'on ait pu dire de son "absence de style", de son "style blanc". "Cette question a beaucoup été posée au début des années 2000, elle l'est beaucoup moins maintenant parce que Houellebecq a justement déplacé quelque chose à l'intérieur de la littérature francophone, voire européenne. De fait, maintenant, on rencontre de plus en plus d'écrivains qui tentent d'écrire comme lui, et qui n'y arrivent pas forcément. Je ne pense pas qu'on puisse parler d'une absence de style le concernant. Ne serait-ce que le balancement rythmique de ses phrases, son utilisation des points-virgules, des italiques... ce sont des marqueurs tellement forts, immédiatement identifiables." Sorti en 1998, Les Particules élémentaires mêle le parcours de vie de deux demi-frères, Michel et Bruno, nés à la fin des années 1950, plus ou moins abandonnés par leurs parents hippies, l'un devenant un scientifique à la base d'une théorie révolutionnaire en génétique, l'autre, professeur de littérature, poursuivant une quête sexuelle aussi frénétique que désespérée. "Les Particules était le roman le plus large thématiquement, précise Julien Gosselin, mais surtout, stylistiquement, il réunissait des poèmes complets, de grandes parties narratives, des scènes dialoguées plus classiques, le présent, le passé et le futur, et de très beaux personnages. Il y avait autant de grosses difficultés que de choses que je cherchais, extrêmement excitantes." Parmi les écueils à éviter, la profusion des scènes de sexe chez Houellebecq "n'a pas du tout été problématique à traiter", selon les mots mêmes du metteur en scène. "Ces scènes ne sont pas montrées dans le spectacle, on utilise simplement le texte, qui est assez direct, assez puissant et même souvent assez beau. Quand on parle de Houellebecq, on a toujours l'impression qu'il s'agit de sexe un peu hard, un peu dégueulasse, un peu violent, mais quand on relit ses romans, on se rend compte qu'il s'agit majoritairement de scènes extrêmement romantiques, douces, qui, si elles échouent, se terminent dans une sensation de grande tristesse et qui, si elles réussissent, se terminent dans une profonde joie. De manière très naïve, on pourrait dire que Houellebecq ne détache jamais la question de l'amour ou des sentiments de la question du sexe. On est face à des moments qui sont peut-être davantage les moments de beauté du spectacle que les moments de choc." A voir absolument, avant de découvrir l'été prochain l'autre projet de Julien Gosselin, une adaptation de trois romans de l'Américain Don DeLillo. "Ça parlera de terrorisme et de littérature." Tout un programme.