Al'été 2020, le Belge, enfermé dans ses frontières par la Covid, a pu se rendre compte que son Plat Plays n'était pas si dépourvu que ça en attractions touristiques et trésors architecturaux. Ce constat, la société Tour des sites l'a posé il y a quasiment trente ans, en se spécialisant dans la création de spectacles son et lumière qui mettent le patrimoine de nos régions en évidence. La preuve à nouveau cet été à Tournai, Stavelot et Villers-la-Ville (1).
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Al'été 2020, le Belge, enfermé dans ses frontières par la Covid, a pu se rendre compte que son Plat Plays n'était pas si dépourvu que ça en attractions touristiques et trésors architecturaux. Ce constat, la société Tour des sites l'a posé il y a quasiment trente ans, en se spécialisant dans la création de spectacles son et lumière qui mettent le patrimoine de nos régions en évidence. La preuve à nouveau cet été à Tournai, Stavelot et Villers-la-Ville (1). C'est en 1992 que Benoît Meurens et Paul Licot, deux anciens étudiants de l'Ihecs (Institut des hautes études des communications sociales, à Bruxelles), fondent leur société avec l'idée de créer des spectacles "historico-fantastiques" qui permettraient d'apporter un nouvel éclairage sur des sites remarquables. "Les Belges connaissent mal leur patrimoine et souvent de manière très stéréotypée, développe Benoît Meurens. Par exemple, tout le monde a un jour visité dans son enfance les grottes de Han, lors d'un voyage scolaire, mais peu y sont retournés plus tard, les redécouvrir avec un regard d'adulte. Les spectacles que nous produisons permettent de présenter le patrimoine sous un autre angle, plus attractif, plus accessible, pour inciter les gens à aller plus loin dans leur démarche de découverte." De la commémoration de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle aux 800 ans de l'abbaye du Val-Dieu à Aubel, de l'histoire du palais des Princes-Evêques à Liège à l'évocation de l'armistice de la Première Guerre mondiale à Namur, Tour des sites a créé plus de 700 spectacles, en grande majorité d'accès gratuit, en Belgique et à l'étranger. Et ses productions, qui mobilisent jusqu'à une centaine de personnes et qui sont financées par un "club de partenaires" publics et privés (coût moyen d'un spectacle: entre 350.000 et 450.000 euros), reposent sur une formule bien rodée. Il s'agit d'abord de récolter un maximum d'informations sur l'histoire du lieu ou de la région, en collaboration avec les autorités communales et les cercles historiques locaux. Sur cette base, l'équipe d'écriture, dirigée par Paul Licot, produit un scénario qui repose sur certains principes immuables. "Ces principes nous permettent notamment de rester dans un format de quarante-cinq minutes, explique Benoît Meurens. En partant d'une situation initiale, il doit y avoir très rapidement, dans les cinq premières minutes du spectacle, un changement d'état, ce que nous appelons un "big bang", pour capter l'attention du public. Par exemple, le spectacle La Vallée secrète à Villers-la-Ville se focalise sur une des plus grandes abbayes d'Europe précisément à la veille de la Révolution française, moment où la situation va complètement basculer, avec l'évacuation de la communauté et le pillage de toutes ses richesses." Autre impératif du scénario: dégager des événements historiques "plastiques", intéressants à mettre en images, comme un incendie, une invasion, une destruction, un rassemblement de foule pour une procession, etc. "Mais nous aimons aussi, pour contrebalancer cela, alterner avec des tableaux plus intimes, où l'on capte derrière les fenêtres une discussion entre deux personnes qui fomentent un coup. Nous sommes très friands d'impostures, de coups fourrés, qui nous permettent d'entrer dans l'intimité du site." Le scénario est ensuite présenté pour validation à un comité scientifique local, qui vérifiera qu'il n'y a pas d'erreurs d'interprétation historique ou d'anachronisme. Pendant une vingtaine d'années, les spectacles de Tour des sites, auxquels contribuent des acteurs, danseurs et figurants, reposaient d'un point de vue technique sur les procédés du laser, des effets lumineux spécifiques et de la pyrotechnie. Mais lors de la dernière décennie, les créations ont été révolutionnées par l'arrivée du vidéomapping. "C'est la création et la projection d'images géantes sur un site architectural préalablement numérisé, précise Benoît Meurens. Concrètement, au départ d'un site réel, on crée une matrice numérique en 3D et des images pour l'animer, qui sont calculées pour tomber au millimètre près, afin de correspondre à toutes les spécificités, à, parfois, toutes les aspérités de ce site. Le vidéomapping nous permet encore plus de féerie. On peut véritablement métamorphoser un site, pour en reconstituer un état antérieur, en montrer la dévastation, la ruine et ce qu'il a pu devenir grâce aux interventions contemporaines, aux rénovations." Et, bonne nouvelle, le vidéomapping ne craint ni la pluie, ni le vent, ni même la neige. Les spectacles de Tour des sites ne sont en principe jamais annulés.