Ticket pour l'arnaque

07/01/11 à 16:36 - Mise à jour à 16:36

Les tickets pour Indochine à l'Ancienne Belgique s'arrachent à prix d'or. Pourquoi faut-il plus que jamais se méfier d'eBay, des plate-formes d'échange et des vendeurs à la sauvette?

Ticket pour l'arnaque

"Concert: Indochine 19/01/2011 Meteor Club Tour Ticket. Enchère en cours 255,00 EUR. Nombre de billet:1. Prix d'achat 30,00." Le tout assorti d'un petit commentaire publicitaire... " Concert sold out. Ces places seraient un magnifique cadeau pour les fêtes." On est sur eBay. Les montants plus élevés sont gonflés par les revendeurs qui tentent de faire grimper les enchères tandis que les prix fous (en milliers d'euros) sont l'oeuvre de quelques rigolos qui tentent d'emmerder ces profiteurs comme ils peuvent. En attendant, telle la visite de Justin Bieber en mars prochain au Sportpaleis d'Anvers, le concert bruxellois de la bande à Sirkis fait tourner les têtes.

L'industrie du live brasse de plus en plus de fric. Pas étonnant que de plus en plus de monde veuille sa part du gâteau. Et que quelques minutes à peine après la fin des ventes officielles, des tickets, vrais ou faux, se retrouvent déjà aux enchères sur Internet.

On peut distinguer 2 types de brigands. Il y a ceux qui vendent ce qu'ils n'ont pas. Puis il y a les autres qui font fructifier leurs achats. "Je vois parfois arriver à l'entrée des spectateurs qui ont acheté des tickets sur Internet à un site que personne ne connaît et rien ne les attend à la caisse, raconte Christian Verwilghen, promoteur chez Live Nation. J'ai récemment eu des mecs venus d'Italie qui se sont fait arnaquer pour le concert de Phoenix... Les malfaiteurs sont malins et les gens encore fort naïfs quand il s'agit d'achat en ligne."

I Love My Ticket

A l'Ancienne Belgique, Internet représentait 10% des ventes de places en 2000. Aujourd'hui, il caractérise 70% des achats. De quoi donner une petite idée de l'ampleur qu'a pris le commerce on line. Certains événements affichent d'ailleurs complet avant même d'arriver au stand billetterie de la FNAC, au guichet d'un Media Markt ou au comptoir d'un Caroline. "On sait clairement que la mise en vente s'accompagne d'un rush. Et que le meilleur outil pour y répondre, c'est Internet, remarque Christian Verwilghen. Ca deviendrait presque dangereux aujourd'hui de vendre des places pour les Stones en magasins. Mais il y a sans doute effectivement un manque d'éducation au média. Tout le monde n'a pas encore réalisé que le premier site qui apparaît dans Google n'est pas nécessairement l'officiel..."

Initié par Live Nation, Tele Ticket Service, Go For Music, Rock Werchter et le ministère des affaires économiques, le site Web I Love My Ticket fournit quelques recommandations et dresse une liste noire de revendeurs, de plates-formes d'échange et de comparateurs de prix.

On y explique notamment que les spéculateurs achètent les tickets de manière systématique pour faire grimper les tarifs artificiellement. Et y apprend qu'en Grande-Bretagne, les plus organisés utilisent un logiciel spécialisé pour avoir de l'avance sur les acheteurs particuliers dès le départ de la mise en vente en ligne.

Risques et périls

Le Web facilite l'écoulement des stocks, attise la hausse des prix, favorise la confusion. Bref. Joue le jeu des arnaqueurs et des spéculateurs... "En Belgique, on est encore bien lotis. La revente est l'affaire de particuliers. Pas de sociétés spécialisées", explique Tim Van Riel, responsable du ticketting à l'Ancienne Belgique.

Sur base de ses conditions de vente ("En cas de revente de tickets à des prix excessifs, soit tout montant excédant le prix de vente officiel, l'AB pourra refuser l'accès du concert à la personne en possession de ces tickets et pourra refuser de vendre ultérieurement des tickets à l'acheteur initial ainsi que lui refuser l'accès à l'AB"), l'Ancienne Belgique annule quelques dizaines de billets par an. " Quand nous recevons beaucoup de plaintes pour un même concert, nous essayons de lutter, de débusquer. Mais il ne suffit pas d'appeler eBay et de demander qui est qui? On doit chercher. A l'occasion se faire passer pour un acheteur, prendre contact avec un vendeur qui est la plupart du temps méfiant avec de nouveaux clients. Ca prend énormément de temps."

Du temps et donc de l'argent pour quelque chose qui a priori ne regarde plus l'établissement. Quand elle décide d'annuler un ticket, l'AB prévient et rembourse (oui oui rembourse) celui qui le lui a acheté. Elle ne peut cependant contrôler s'il l'a déjà écoulé ou finira quand même par le refourguer. Aux risques et périls de l'acheteur de seconde main...

L'AB est plutôt active, tant que faire se peut, dans le domaine de la lutte contre les spéculateurs. Elle limite comme beaucoup d'autres le nombre de tickets que chacun peut acheter quand un événement risque d'afficher complet. Propose une plate-forme d'échange sur son site Internet. Et ouvre des caisses spéciales le soir des concerts sold out où elle rachète, et revend, des tickets sans aucune majoration.

Inspection économique

En attendant, si les revendeurs battant le pavé et haranguant le chaland à chaque sold out sont toujours là, il y a une simple et bonne raison. Leur activité est légale. On peut certes leur reprocher (voir ci-contre) de ne pas déclarer leurs revenus mais pour faire constater une infraction, la présence d'un agent de l'inspection économique est nécessaire. Plusieurs d'entre eux étaient à l'oeuvre lors des derniers concerts de U2, AC/DC et Metallica selon le ministre fédéral Vincent Van Quickenborne. Ca n'arrive que très rarement pour les plus petits événements.

Le ticket personnalisé avec vérification à l'entrée semble être la seule solution efficace pour couper l'herbe sous le pied des arnaqueurs et spéculateurs mais personne ne peut vous soumettre à un contrôle d'identité excepté la police et dans des cas bien définis, certains mandatés comme des agents de la STIB et des contrôleurs SNCB... Compliqué qu'on vous dit. Et ça risque de le rester. Différents acteurs ont essayé de secouer les autorités. En 2009, quelques députés ont même rédigé une proposition pour sévir contre la revente à des prix exorbitants. Ils suggéraient notamment que le prix des tickets ne puisse dépasser le prix officiel mentionné de plus de 10 %. L'idée semble, pour l'instant, avoir été rangée au placard.

Julien Broquet

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