Les Nuits Botanique au rythme post-attentats

03/05/16 à 14:29 - Mise à jour à 14:51

Source: Focus Vif

Jeudi, un Botanique à la sécurité renforcée lancera le printemps des festivals dans le climat toujours frileux de l'après 22 mars. Musique et prudence pour retrouver l'insouciance...

Les Nuits Botanique au rythme post-attentats

Paul-Henri Wauters: "Certains éléments sont plus sensibles que d'autres mais on fait attention à toutes nos soirées. Ce qui dérange ceux qui portent à nos valeurs, c'est le partage de la musique." © DR

Elles sont un peu la Primavera, le Milan-Sanremo des festivals. La première grande classique de la saison, la plus longue aussi... Les Nuits Botanique s'ouvriront le 5 mai au Cirque royal avec le concert (complet) de Yann Tiersen pour se terminer un bon mois plus tard, le 7 juin, à l'Orangerie avec Julia Holter et Julianna Barwick. Une édition forcément particulière, un mois et demi après les attentats de l'aéroport et du métro bruxellois.

Le Bota n'a pas attendu ses Nuits pour renforcer la sécurité autour de ses coupoles. "Concrètement, il y a une augmentation des effectifs au niveau de notre service d'ordre et des forces de police, rassure le patron des lieux, Paul-Henri Wauters. Nous avons aussi repensé notre organisation. La sécurité se trouve désormais à l'entrée du bâtiment et on ne rentre plus dans notre complexe sans ticket. Mais que faire pendant les Nuits qui sont d'habitude ouvertes au public? Nous avons des réunions pour en débattre. Avec un objectif primordial: que ne pénètrent pas dans nos installations des gens habités par de mauvaises intentions."

Depuis novembre et le massacre du Bataclan, le Bota a instauré une fouille, utilise des détecteurs de métaux et encourage les spectateurs à venir sans sacs. "Nous réfléchissons sur les styles de public, sur les possibilités d'évacuation. Et nous avons augmenté surveillance et vigilance. Tout le monde est attentif aux colis suspects, aux présences inhabituelles. Nous savons qui nous fréquente et les gardiens connaissent les habitués du parc."

De quoi miner l'ambiance et plomber l'atmosphère, ou plutôt ramener un peu de sérénité chez une population qui en a besoin? Tous les tempéraments sont dans la nature... "Des militaires devant l'entrée et dans nos couloirs, c'est quelque chose de lourd et de pesant mais ça rassure. Et on se rend compte que le public en a besoin. Nous devons agir et redonner goût au concert. Repousser cette forme d'anxiété pré- et post-traumatique."

L'avant-Zaventem était déjà l'après-Paris. "En novembre, il y a eu le lockdown et il était nécessaire de prendre du recul pour réagir. Mais en mars, nous avons juste annulé notre concert du lendemain. Avec le secteur, l'AB, Forest, Flagey..., nous avons décidé de repartir tout de suite de l'avant. Parce que le partage par la musique est vital. Parce qu'il est une source importante du vivre-ensemble."

Psychologie de crise

Puggy, Alice on the Roof, Fakear, An Pierlé, Kaytranada... Pas mal de concerts des Nuits affichent complet ou presque. Les chiffres de fréquentation n'en sont pas moins pour l'instant mitigés.

"Nous sentons clairement un impact sur les ventes. Nous faisons face à une diminution de l'achat de tickets mais aussi à une non consommation de billets achetés. Le 24 mars, 20% du public ne s'est pas présenté. Ce qui m'inquiète davantage, c'est que c'est la partie la moins connue de notre affiche qui souffre le plus de la situation. Les groupes où l'on vient sans vraiment connaître, en faisant confiance au Bota. Des pépites comme Anna Meredith suscitent peu d'intérêt. Les spectateurs se rallient toujours autour des groupes phares mais semblent moins enclins à la découverte, moins prêts à ajouter le risque ludique au risque physique..."

Paul-Henri Wauters reste malgré tout confiant et préfère ne pas se lancer dans de quelconques projections. Ou s'avancer sur l'impact économique. "Les frais de sécurité augmentent de manière conséquente mais notre énergie sert surtout à battre le rappel. On vend d'ailleurs plus de places qu'avant dans les jours qui précèdent les concerts. Genre: on a envie d'y aller, de sortir, de découvrir mais on attend la dernière minute histoire de voir comment ça se passe, comment on se sent et comment se présente l'actualité. C'est de la psychologie de crise, post-attentats. Hôtels, restaurants... pour l'instant, c'est l'ensemble de l'activité du sortir de chez soi qui souffre. A nous de laisser la lumière allumée à l'entrée pour montrer qu'on est toujours là."

Et les groupes dans tout ça? Prudents? Réticents? "Un artiste dont je tairai le nom s'est montré tellement exigeant en termes de sécurité qu'on a renoncé à aller plus loin. Mais personne n'a annulé à cause des attentats. Et si certains ont préféré ne pas jouer chez nous, personne ne nous a fait savoir que c'était à cause du climat ambiant."

"Les réactions varient d'un management et d'un artiste à l'autre, explique Christian Verwilghen de Live Nation. Avant, les entourages savaient que le nécessaire était fait. Mais depuis Paris, la moitié d'entre eux nous demandent de faire suivre notre plan de sécurité et nous questionnent. Ce qui est légitime. Si tu pars en vacances en Tunisie, tu vas demander à ton hôtel quelles sont les mesures prises pour te préserver du danger. Les tour managers sont d'ailleurs plus attentifs partout en Europe. Pas seulement à Bruxelles et Paris."

Les Américains ne semblent pas plus inquiets que les autres. "Je constate le même genre de réaction en Angleterre et aux Etats-Unis. Quand j'entends certains Français, j'ai même parfois l'impression qu'ils entrent dans la bande de Gaza..."

Outre les dispositions mentionnées plus haut, d'autres décisions sont prises au coup par coup avec les bourgmestres et les responsables de police. Comme lors des concerts de Nekfeu ou de Noel Gallagher, pour lequel la rue devant Forest National a été fermée. "Il faut éviter les attroupements, permettre une circulation fluide. On essaie donc d'ouvrir le plus tôt possible. La question est de savoir pendant combien de temps on peut se permettre un tel déploiement. Il faut prendre garde à la chape de plomb qu'on fait peser sur la société. Sinon, ceux qui ont commis ces attentats auront d'une certaine manière gagné..."

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