L'album de la semaine: Young Fathers - White Men Are Black Men Too

13/04/15 à 10:49 - Mise à jour à 10:49

Source: Focus

ROCK | Les Young Fathers repartent au front avec leur deuxième album. Une opération commando, qui enchaîne les claques, à la fois pop et bruyante.

L'album de la semaine: Young Fathers - White Men Are Black Men Too

Young Fathers © HEMEDIA/John Devlin

On ne l'a pas vu venir. Même si elle n'a jamais disparu très longtemps, la question du racisme a fait un retour en force dans l'actualité. Et on ne parle pas que des errements du bourgmestre d'Anvers. Ou des déclarations de Roger Moore se demandant si James Bond peut être incarné par quelqu'un d'autre qu'un Anglo-anglais. Aux Etats-Unis, les émeutes de Ferguson ont relancé la machine à polémiquer. La Toile n'en demandait pas tant. Partout, tout le temps, le débat à n'en plus finir. A chacun de donner son avis, de préférence en 140 caractères maximum. Les Young Fathers ont fait mieux. Vingt-huit signes, pas un de plus: White Men Are Black Men Too.

C'est ainsi que le trio écossais a intitulé son deuxième album. Il paraît que l'idée n'a pas enthousiasmé outre mesure leur label... On peut le comprendre. Les Young Fathers avaient probablement fait le plus dur. Réussir un premier album court, mais dense. Une proposition originale mélangeant transe rock, fulgurance pop et énergie hip hop, qui avait été adoubée par la critique. A la surprise générale, Dead avait même obtenu le Mercury Prize 2014 -et le coup de projecteur vers le grand public qui va avec... (les tabloïds ont même essayé de rattraper le coup. En vain: pas d'interviews pour les feuilles de choux islamophobes et anti-gays, comme le Sun ou le Daily Mail, dixit les intéressés...).

Sur le site des Young Fathers, Alloysious Massaquoi, a justifié le choix du titre du nouvel album: "Il évoque le problème du racisme, et alors quoi? Pourquoi faudrait-il en discuter à huis clos et ne pas porter la question sur la place publique?" Le groupe lui-même est une première réponse au débat. De par sa composition -deux Noirs (Alloysious Massaquoi, né au Liberia, et Kayus Bankole, d'origine nigériane) et un Blanc (Graham Hastings, from Edinburgh); autant que de par sa musique: une concoction étrange, shamanique, qui brouille les frontières entre les genres, et les couleurs qu'on leur attribue souvent. Le rock est-il finalement une musique noire? Blanche? Une musique noire de Blancs? Une musique blanche de Noirs? Sur Old Rock N Roll, Massaquoi revient sur la question et chante: "I'm tired of playing the good Black", avant d'ajouter aussi plus loin: "I'm tired of blaming the white man". Un-un, la balle au centre? Le racisme est un concept dépassé, avance Kanye West. Les races le sont en effet, répliquent les Young Fathers, démontrant leur propos avec ce White Men Are Black Men Too.

Enregistré à Berlin, l'album propose une sorte d'avant-pop héroïque (Shame, Rain Or Shine), tour à tour mélodieuse (Dare Me), bruyante (Feasting), dissonante (Old Rock N Roll). Le but n'étant pas de convaincre, mais de simplement faire contrepoids. Faire entendre un autre son de cloche. En l'occurrence, chez les Young Fathers, celui d'un magma sonore intense, jamais avare d'un gimmick, rappelant aussi bien le Velvet Underground que Public Enemy, Konono n°1, Tom Waits ou TV On The Radio...

La voix est singulière, le message collectif. Qui a dit que la pop music ne pouvait plus charrier de propos politique?

DISTRIBUÉ PAR BIG DADA/PIAS.

EN CONCERT LE 16/07, AU DOUR FESTIVAL.

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