James Blake - James Blake

14/02/11 à 17:55 - Mise à jour à 17:54

DUBSTEP | Issu de la scène dubstep, l'Anglais dépasse le buzz par la gauche et sort un premier album en apesanteur. Brillant.

James Blake, James Blake, distribué par Universal, 5/5.

En DJ set le 19/02, au Silo, Louvain.

James Blake - James Blake

© D.R.

Le premier exploit de l'album de James Blake est peut-être d'avoir survécu à la hype -ce phénomène de plus en plus cannibale, qui bouffe ses créatures aussi vite qu'elle ne les crée. Au moins, dans le cas de Blake, l'emballement n'est pas né de nulle part. L'an dernier, le jeune Anglais (Londres, 1989) sortait notamment 2 EP's: publiés sur le label gantois R&S, CMYK et Klavierwerke étaient assez forts que pour se voir classer par certains magazines dans leur top des meilleurs albums (sic) de 2010... Dans le même temps, sa reprise dénudée de Limit To Your Love de Feist amplifiait encore un peu plus la rumeur -au point d'entendre même le morceau tourner en radio, aux heures de grande écoute. Enfin, cerise sur le gâteau déjà bien chargé du buzz, James Blake terminait à la 2e place du classement BBC Sound of 2011, désignant les artistes les plus prometteurs de l'année...

Insulaire

Issu de la scène dubstep, James Blake était ainsi appelé à enfiler le costume de nouveau leader d'un genre en pleine "mainstreamisation" (des tubes de Rusko, Magnetic Man, jusqu'aux emprunts de Rihanna, Britney Spears...). Dès ses premiers maxis, le bonhomme a cependant donné une version très personnelle du cahier des charges en vigueur. Son album éponyme est ainsi moins un disque de (post-)dubstep qu'un essai de soul moderne. Ce qui frappe d'abord chez Blake, au-delà des infrabasses perforantes, c'est le traitement des blancs et, surtout, de la voix (la sienne, quelque part entre Jeff Buckley et Antony Hegarty). Dès l'entame, avec Unluck, elle se fait triturer et manipuler pour devenir le centre de gravité de la chanson. C'est encore plus spectaculaire et soufflant sur I Never Learnt To Share, où Blake répète en boucle une unique phrase. Plus loin, la voix suffit même à bâtir le morceau (LindisFarne I). Au passage, Blake ressort l'autotune, outil que l'on pensait définitivement déclassé. Ici, l'artifice laisse une étrange impression: celle d'un chanteur qui se sert du flou pour mieux se mettre à nu.

Volontiers anémique, James Blake fait partie de ces albums insulaires. On pense souvent aux expérimentations d'Arthur Russell ou encore à Bon Iver -Blake ne s'isolant peut-être pas dans une cabane au fond des bois, mais dans le confinement de sa chambre, pour composer tous ses morceaux. D'où une musique éminemment personnelle, intimiste et nocturne. En cela, James Blake reste malgré tout dans les parages dubstep. Notamment dans ceux de l'un de ses modèles, Burial. Sauf que si ce dernier traîne son spleen urbain vers 3h du mat', la musique de Blake s'écoute un peu plus tard, lors de ces quelques minutes blanches et creuses, un peu avant que le soleil ne se lève sur une journée amoureuse.

D'aucuns s'agaceront du côté parfois précieux de la démarche. Mais si ce premier opus n'est peut-être pas parfait, on a envie de s'emballer pour un disque qui ne se contente pas de ressasser un gimmick, mais ose faire une vraie proposition. Un exploit par les temps qui courent...

Laurent Hoebrechts

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